Arrêt n°739 du 23 septembre 2020 (18-20.869) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2020:SO00739

Delais

Rejet


Sommaire n° 1  :
Il résulte des articles 615 et 975, alinéa 2, du code de procédure civile, que le recours en cassation constitue une instance nouvelle qui ne peut être introduite contre une personne décédée et que le demandeur ayant connaissance du décès d’une partie doit diriger son pourvoi contre ses ayants-droit.

En outre aux termes de l’article 675 du code de procédure civile, les jugements sont notifiés par voie de signification à moins que la loi n’en dispose autrement. Si l’article R. 1454-26 du code du travail, en sa rédaction applicable à l’espèce, résultant du décret n° 2016-660 du 20 mai 2016, prévoit que les décisions du conseil de prud’hommes sont notifiées aux parties par le greffe de ce conseil au lieu de leur domicile, ce texte n’en dispose pas de même pour les arrêts des cours d’appel statuant en matière prud’homale.
 
Est en conséquence irrecevable, le pourvoi dirigé contre un salarié alors que l’employeur avait connaissance de son décès.
 
En revanche, dès lors que l’arrêt attaqué devait faire l’objet d’une signification, à défaut de signification par voie d’huissier et nonobstant la notification par le greffe de cet arrêt aux parties par lettre recommandée, le délai de pourvoi n’a pas couru, en sorte que le pourvoi dirigé ultérieurement contre les ayants-droit du salarié est recevable.


Sommaire n° 2 :
Selon l’article L. 3121-9 du code du travail, dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2016-1088 du 8 août 2016, une durée du travail équivalente à la durée légale peut être instituée dans les professions et pour des emplois déterminés comportant des périodes d’inaction soit par décret, pris après conclusion d’une convention ou d’un accord de branche, soit par décret en Conseil d’Etat.

Les dispositions de l’article 3.1. de l’accord-cadre du 4 mai 2000 sur l’aménagement et la réduction du temps de travail des personnels des entreprises de transport sanitaire, qui n’ont pas été abrogées par l’article 3 du décret n° 2009-32 du 9 janvier 2009 relatif à la durée du travail dans les entreprises de transport sanitaire, lequel reprend les termes de l’accord précité, instituent un régime d’équivalence consistant à évaluer le temps de travail effectif sur la base d’un pourcentage de l’amplitude journalière d’activité.

En conséquence, est réputée non écrite, la clause d’un avenant au contrat de travail selon laquelle le coefficient de pondération permettant de déterminer la durée du travail du salarié équivalente à la durée légale s’applique non pas sur l’amplitude journalière d’activité mais sur le temps de travail effectué, en ce qu’elle instaure un régime d’équivalence dérogatoire à l’accord-cadre du 4 mai 2000, défavorable au salarié et prive de sa substance l’obligation essentielle de l’employeur de verser la rémunération pour le travail accompli.


Demandeur(s) : société Établissement Bancillon

Défendeur(s) : U... R... ; et autres


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Lyon, 6 juin 2018), M. R... a été engagé, le 9 mars 2009, en qualité de chauffeur ambulancier, classé ambulancier taxi Catégorie A, par la société Bancillon.

2. Ce contrat a été complété le jour même par un avenant stipulant en son article 1 : "Afin de répondre aux seules demandes du salarié, et en dérogation avec les articles du titre II de l’accord cadre du 4 mai 2000, il est convenu que le temps de travail effectif pris en compte dans les éléments de paie est décompté à partir du temps de travail effectué, et non de l’amplitude de travail. Sont donc notamment déduits du temps de travail pris en compte, les temps de coupure en journée. / De même, il est convenu que le temps de travail effectif est calculé par application d’un coefficient de 75 % appliqué sur le temps de travail effectué./ Les heures de travail effectif supplémentaires éventuelles sont rémunérées conformément aux règles en vigueur, sachant que leur nombre doit rester dans la limite du quota annuel autorisé."

3. Le salarié a saisi la juridiction prud’homale de diverses demandes tendant notamment au paiement de rappels de salaires et à la résiliation judiciaire du contrat de travail.

4. Il a fait valoir ses droits à la retraite le 23 août 2012 et est décédé le [...].

Recevabilité du pourvoi contestée par la défense

5. D’une part, il résulte des articles 615 et 975, alinéa 2, du code de procédure civile, que le recours en cassation constitue une instance nouvelle qui ne peut être introduite contre une personne décédée et que le demandeur ayant connaissance du décès d’une partie doit diriger son pourvoi contre ses ayants-droit.

6. D’autre part, aux termes de l’article 675 du code de procédure civile, les jugements sont notifiés par voie de signification à moins que la loi n’en dispose autrement. Si l’article R.1454-26 du code du travail, en sa rédaction applicable à l’espèce, résultant du décret n° 2016-660 du 20 mai 2016, prévoit que les décisions du conseil de prud’hommes sont notifiées aux parties par le greffe de ce conseil au lieu de leur domicile, ce texte n’en dispose pas de même pour les arrêts des cours d’appel statuant en matière prud’homale.

7. La déclaration de pourvoi, déposée au greffe de la Cour de cassation le 7 août 2018 est dirigée contre le salarié. La déclaration de pourvoi rectificatif, déposée le 28 novembre 2018 est dirigée contre les ayants-droit du salarié décédé le [...].

8. Formé le 7 août 2018 alors que la société avait connaissance du décès du salarié, le pourvoi est irrecevable en ce qu’il est dirigé contre ce dernier.

9. En revanche, dès lors que l’arrêt attaqué rendu le 6 juin 2018 devait faire l’objet d’une signification, à défaut de signification par voie d’huissier et nonobstant la notification par le greffe de cet arrêt aux parties par lettre recommandée, le délai de pourvoi n’a pas couru. Le pourvoi formé le 28 novembre 2018 dirigé contre les ayants-droit du salarié est en conséquence recevable.

Examen des moyens

Sur les deuxième, troisième et quatrième moyens, ci-après annexés

10. En application de l’article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ces moyens qui ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Sur le premier moyen

Enoncé du moyen

11. L’employeur fait grief à l’arrêt de le condamner à payer des sommes au titre des heures supplémentaires et des congés payés afférents, des majorations pour dépassement du contingent annuel d’heures supplémentaires, de la prime de performance et des congés payés afférents, outre les dépens et une somme sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, alors :

« 1°/ que la détermination du régime le plus favorable doit être opérée globalement, avantage par avantage ; qu’en l’espèce, la cour d’appel a apprécié le caractère plus favorable ou non de l’avenant du 9 mars 2009 pris " dans son ensemble ", admettant ainsi qu’il constituait un ensemble indivisible instaurant un avantage unique ; que cependant, après avoir retenu qu’il ne ressortait pas de l’avenant susvisé qu’il était plus favorable au salarié que l’accord cadre du 4 mars 2000 ou que les règles légales, la cour d’appel n’a écarté que l’application de l’article 1 alinéa 2 de l’avenant, en le jugeant nul ; qu’en statuant ainsi, la cour d’appel, qui n’a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations dont il découlait que l’ensemble de l’avenant était atteint par la nullité prononcée, a violé le principe de faveur ;

2°/ que la nullité d’une clause d’un contrat entraîne la nullité du contrat lui-même lorsque la stipulation annulée a constitué un élément déterminant de l’engagement des parties ; qu’en l’espèce, il faisait valoir que l’avenant du 9 mars 2009 formait un tout indivisible, aucune de ses stipulations ne pouvant être appliquée indépendamment des autres ; que cependant, la cour d’appel a annulé le seul article 1 alinéa 2 de l’avenant du 9 mars 2009, sans motiver sa décision quant au caractère dissociable ou non des clauses de l’avenant litigieux, après avoir pourtant elle-même apprécié globalement son caractère avantageux ou non par rapport aux règles conventionnelles et légales ; qu’il en résulte que la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard des articles 1134 et 1172 du code civil dans leurs versions applicables au litige. »

Réponse de la Cour

12. Selon l’article L. 3121-9 du code du travail, dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2016-1088 du 8 août 2016, une durée du travail équivalente à la durée légale peut être instituée dans les professions et pour des emplois déterminés comportant des périodes d’inaction soit par décret, pris après conclusion d’une convention ou d’un accord de branche, soit par décret en Conseil d’Etat.

13. Les dispositions de l’article 3.1. de l’accord-cadre du 4 mai 2000 sur l’aménagement et la réduction du temps de travail des personnels des entreprises de transport sanitaire, qui n’ont pas été abrogées par l’article 3 du décret n°2009-32 du 9 janvier 2009 relatif à la durée du travail dans les entreprises de transport sanitaire, lequel reprend les termes de l’accord précité, instituent un régime d’équivalence consistant à évaluer le temps de travail effectif sur la base d’un pourcentage de l’amplitude journalière d’activité.

14. Il en résulte que la clause litigieuse, selon laquelle, le coefficient de pondération permettant de déterminer la durée du travail du salarié équivalente à la durée légale s’applique non pas sur l’amplitude journalière d’activité mais sur le temps de travail effectué, en ce qu’elle instaure un régime d’équivalence dérogatoire à l’accord-cadre précité, défavorable au salarié et prive de sa substance l’obligation essentielle de l’employeur de verser la rémunération pour le travail accompli, est réputée non écrite, le reste de l’avenant demeurant valable dans ses autres dispositions.

15. Par ce motif de pur droit, substitué à ceux critiqués, dans les conditions prévues par les articles 620, alinéa 1er, et 1015 du code de procédure civile, la décision déférée se trouve légalement justifiée de ce chef.

16. Le moyen n’est donc pas fondé.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;


Président : M. Schamber, conseiller doyen faisant fonction de président
Rapporteur : Mme Mariette
Avocat(s) : SCP Gatineau, Fattaccini et Rebeyrol - SCP Le Bret-Desaché