Arrêt n°871 du 14 octobtre 2020 (18-15.229) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2020:SO00871

Cassation

Demandeur(s) : société [...], société à responsabilité limitée

Défendeur(s) : M. D... C...


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Aix-en-Provence, 16 février 2018), M. C... , employé depuis le 5 janvier 2009 par la société [...] en qualité d’ouvrier peintre et placé en arrêt de travail pour maladie à compter du 1er novembre 2016, a été déclaré inapte à tout poste par le médecin du travail.

2. Par ordonnance de référé du 11 août 2017, la juridiction prud’homale a débouté l’employeur de sa demande aux fins d’expertise médicale fondée sur les dispositions de l’article L. 4624-7 du code du travail, alors applicable, et a débouté le salarié de sa demande en paiement de dommages-intérêts pour procédure dilatoire.

3. La société a relevé appel de cette ordonnance selon déclaration d’appel du 5 septembre 2017 rédigée comme suit : « Objet de l’appel : appel total : en ce que l’ordonnance dont appel estime que : la procédure mise en place par la SARL [...] pourrait avoir pour objectif d’éviter le paiement de l’indemnité de licenciement due à Monsieur D... C... . » La cour d’appel a déclaré l’appel irrecevable.

Examen du moyen

4. Il est statué sur ce moyen après avis de la deuxième chambre civile, sollicité en application de l’article 1015-1 du code de procédure civile.

Enoncé du moyen

5. L’employeur fait grief à l’arrêt de déclarer son appel irrecevable, alors :

« 1° / que la déclaration d’appel est faite par acte contenant, à peine de nullité, les chefs du jugement expressément critiqués auxquels l’appel est limité, sauf si l’appel tend à l’annulation du jugement ou si l’objet du litige est indivisible ; qu’en déclarant irrecevable l’appel de la société [...] en ce que la déclaration d’appel avait été rédigée comme suit : « Objet/portée de l’appel : appel total : en ce que l’ordonnance dont appel estime que : la procédure mise en place par la SARL [...] pourrait avoir pour objectif d’éviter le paiement de l’indemnité de licenciement due à M. D... C... », de sorte que l’appel était partiel dans la mesure où il visait expressément le passage de la décision indiquant le motif du rejet de la demande, ce qui ne correspondait pas à un chef de la décision, quand le visa des motifs de la décision attaquée ne pouvait permettre d’assimiler l’appel, mentionné comme étant total, à un appel limité, la cour d’appel a violé l’article 901 du code de procédure civile ;

2°/ que la déclaration d’appel est faite par acte contenant, à peine de nullité, les chefs du jugement expressément critiqués auxquels l’appel est limité, sauf si l’appel tend à l’annulation du jugement ou si l’objet du litige est indivisible ; qu’en se déterminant de la sorte, quand en outre le visa, dans la déclaration d’appel, des motifs de la décision attaquée par lesquels le premier juge avait justifié le rejet des demandes renvoyait nécessairement au chef ayant ainsi rejeté ces demandes, la cour d’appel a violé l’article 901 du code de procédure civile ;

3°/ que la déclaration d’appel est faite par acte contenant, à peine de nullité, les chefs du jugement expressément critiqués auxquels l’appel est limité, sauf si l’appel tend à l’annulation du jugement ou si l’objet du litige est indivisible ; qu’en toute hypothèse, en déclarant irrecevable l’appel de la société [...] en ce que la déclaration d’appel avait été rédigée comme suit : « Objet/portée de l’appel : appel total : en ce que l’ordonnance dont appel estime que : la procédure mise en place par la SARL [...] pourrait avoir pour objectif d’éviter le paiement de l’indemnité de licenciement due à M. D... C... », de sorte que l’appel était partiel dans la mesure où il visait expressément le passage de la décision indiquant le motif du rejet de la demande, ce qui ne correspondait pas à un chef de la décision, quand il ne pouvait en résulter que la nullité de la déclaration d’appel et non pas l’irrecevabilité de l’appel, la cour d’appel a violé l’article 901 du code de procédure civile ;

4°/ que l’irrégularité de la déclaration d’appel est une irrégularité de forme, laquelle ne peut être sanctionnée qu’à charge pour celui qui l’invoque de prouver le grief qu’elle lui cause ; qu’au demeurant, en se déterminant de la sorte, sans en tout état de cause relever l’existence d’un grief subi par M. C... , la cour d’appel a violé l’article 114 du code de procédure civile. »

Réponse de la Cour

Vu l’article 901-4 ° du code de procédure civile dans sa rédaction issue du décret n° 2017-891 du 6 mai 2017 :

6. Selon ce texte, la déclaration d’appel est faite par un acte contenant à peine de nullité les chefs du jugement expressément critiqués auxquels l’appel est limité, sauf si l’appel tend à l’annulation du jugement ou si l’objet du litige est indivisible.

7. Selon les trois avis de la Cour de cassation du 20 décembre 2017 (Avis de la Cour de cassation, 20 décembre 2017, n° 17-70.034, n° 17-70.035 et n° 17-70.036 ; Bull. 2017, Avis, n° 12), la sanction attachée à la déclaration d’appel formée à compter du 1er septembre 2017 portant comme objet "appel total", sans viser expressément les chefs du jugement critiqués lorsque l’appel ne tend pas à l’annulation du jugement ou que l’objet n’est pas indivisible, est une nullité pour vice de forme au sens de l’article 114 du code de procédure civile.

8. En outre, deux des avis précités (n° 17-70.035 et n° 17-70.036) précisent qu’il ne résulte de l’article 562, alinéa 1, du code de procédure civile, qui dispose que l’appel défère à la cour d’appel la connaissance des chefs de jugement qu’il critique expressément et de ceux qui en dépendent, aucune fin de non-recevoir.

9. Il en résulte, d’une part, que la déclaration d’appel ne peut être limitée que par la mention des chefs du dispositif du jugement attaqué et, d’autre part, qu’en l’absence de cette mention, lorsque l’appel ne tend pas à l’annulation du jugement ou que l’objet n’est pas indivisible, la déclaration d’appel encourt la nullité, à l’exclusion de toute irrecevabilité.

10. Pour déclarer l’appel de l’employeur irrecevable, l’arrêt retient que la déclaration d’appel ne saurait être considérée comme valant appel total dans la mesure où elle vise expressément le passage de la décision indiquant le motif du rejet de la demande et que cet appel partiel, qui ne vise qu’une motivation et ne porte sur aucun chef de décision, est irrecevable.

11. En statuant ainsi, alors qu’elle avait constaté que la déclaration d’appel ne visait que les motifs du jugement, de sorte qu’elle était irrégulière et encourait, comme telle, la nullité, la cour d’appel a violé le texte susvisé ;

PAR CES MOTIFS, la Cour :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 16 février 2018, entre les parties, par la cour d’appel d’Aix-en-Provence ;

Remet l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence autrement composée ;


Président : Mme Leprieur, conseiller doyen faisant fonction de président
Rapporteur : Mme Richard
Avocat(s) : SCP Jean-Philippe Caston - Me Laurent Goldman