Arrêt n°398 du 25 mars 2020 (18-22.509) - Cour de Cassation - Chambre sociale
-ECLI:FR:CCAS:2020:SO00398

Représentation des salariés

Rejet

Sommaire :
Il résulte des dispositions des articles L. 2323-8 et R. 2323-1-5 du code du travail, alors applicables, que l’employeur remplit son obligation de communiquer les pièces utiles à la consultation annuelle sur les comptes, dès lors qu’il met à disposition du comité d’entreprise, et par suite de l’expert désigné par ce dernier, le détail des éléments de rémunération ou des éléments concernant les fournisseurs relatifs à l’année qui fait l’objet du contrôle et aux deux années précédentes.


Demandeur(s) : Le comité d’établissement de Guyane de la société EDF

Défendeur(s) : EDF, société anonyme


Donne acte au comité social et économique d’établissement de Guyane de la société [...] , R... ce que, venant aux droits du comité d’établissement de Guyane de la société [...] , il a repris l’instance par lui introduite ;

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 8 juin 2018), statuant en la forme des référés, que le 21 janvier 2015, le comité d’établissement de Guyane de la société EDF (la société) a voté le recours à une expertise comptable confiée à la société Secafi (l’expert) pour l’assister dans l’examen des comptes 2014 et des comptes prévisionnels 2015R... l’établissement ; que le comité d’établissement a saisi le président du tribunal de grande instance le 10 mai 2016 d’une demande de communication de documents complémentaires et que l’expert est intervenu volontairement à la procédure ;

Sur le premier moyen pris en ses trois dernières branches et le troisième moyen pris en sa dernière branche :

Attendu qu’il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur les moyens ci-après annexés, qui ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation ;

Sur le premier moyen pris en ses deux premières branches et le deuxième moyen, réunis :

Attendu que le comité social et économique d’établissement de Guyane de la société [...] , venant aux droits du comité d’établissement de Guyane de la société [...] , fait grief à l’arrêt de le débouter de sa demande tendant à obtenir la communication des éléments relatifs à l’évolution des rémunérations des agents de l’établissement pour les années 2009 à 2011 et des éléments relatifs aux commandes passées par la société, en précisant l’activité concernée, le domaine d’achats et le segment achats, et ce pour les douze fournisseurs identifiés pour la période 2008 à 2011 alors, selon le moyen :

1°/ que le comité d’établissement peut se faire assister d’un expert-comptable pour l’examen annuel des comptes, R... façon à connaître la situation économique, sociale et financière de l’établissement dans l’ensemble de l’entreprise et par rapport aux autres établissements avec lesquels il doit pouvoir se comparer ; que la mission de l’expert-comptable porte sur tous les éléments d’ordre économique, financier ou social nécessaires à la compréhension des comptes et à l’appréciation de la situation économique de l’établissement dans l’entreprise ; qu’il n’appartient qu’au seul expert-comptable de déterminer les documents utiles à l’exercice de sa mission et que le juge est uniquement tenu de vérifier si les documents réclamés ont un lien avec la mission donnée à l’expert par le comité ; qu’en considérant que la communication des éléments relatifs à l’évolution des rémunération des agents de l’établissement pour les années 2009 à 2011, qui constituaient autant d’éléments de nature à éclairer la situation économique de l’établissement dans l’entreprise en 2014, excédait la mission de l’expert-comptable, la cour d’appel a violé les articles L. 2325-35, L. 2325-36, L. 2325-37 et L. 2327-15 du code du travail dans leur version alors applicable, ensemble l’article L. 823-13 du code de commerce ;

2°/ que le comité d’établissement peut se faire assister d’un expert-comptable pour l’examen annuel des comptes, R... façon à connaître la situation économique, sociale et financière de l’établissement dans l’ensemble de l’entreprise et par rapport aux autres établissements avec lesquels il doit pouvoir se comparer ; que la mission de l’expert-comptable porte sur tous les éléments d’ordre économique, financier ou social nécessaires à la compréhension des comptes et à l’appréciation de la situation économique de l’établissement dans l’entreprise ; qu’il n’appartient qu’au seul expert-comptable de déterminer les documents utiles à l’exercice de sa mission et que le juge est uniquement tenu de vérifier si les documents réclamés ont un lien avec la mission donnée à l’expert par le comité ; qu’il en résulte que le droit de communication ne saurait être limité aux informations contenues dans la base de données économiques et sociales mise à disposition par l’employeur portant sur l’année en cours et les deux années précédentes ; qu’en jugeant le contraire, la cour d’appel a violé les articles L. 2325-35, L. 2325-36, L. 2325-37 et L. 2327-15 du code du travail dans leur version applicable et l’article L. 823-13 du code de commerce, ensemble les articles L. 2323-8 et R. 2323-1-5 du code du travail dans leur version applicable ;

3°/ que la mission de l’expert-comptable désigné par le comité d’entreprise en application de l’article L. 2325-35 du code du travail porte sur tous les éléments d’ordre économique, financier ou social nécessaires à la compréhension des comptes et à l’appréciation de la situation économique de l’entreprise ; qu’il n’appartient qu’au seul expert-comptable de déterminer les documents utiles à l’exercice de sa mission et le juge est uniquement tenu de vérifier si les documents réclamés ont un lien avec la mission donnée à l’expert par le comité ; qu’en considérant que la demande de communication des éléments relatifs aux fournisseurs pour les années 2008 à 2011, qui constituaient autant d’éléments de nature à éclairer la situation économique de l’entreprise en 2014, excédaient la mission de l’expert-comptable, la cour d’appel a violé les articles L. 2325-35, L. 2325-36, L. 2325-37 et L. 2327-15 du code du travail dans leur version applicable, ensemble l’article L. 823-13 du code de commerce ;

4°/ que la mission de l’expert-comptable désigné par le comité d’entreprise en application de l’article L. 2325-35 du code du travail porte sur tous les éléments d’ordre économique, financier ou social nécessaires à la compréhension des comptes et à l’appréciation de la situation économique de l’entreprise ; qu’il n’appartient qu’au seul expert-comptable de déterminer les documents utiles à l’exercice de sa mission et le juge est uniquement tenu de vérifier si les documents réclamés ont un lien avec la mission posée à l’expert par le comité ; que le droit de communication n’est pas limité aux informations contenues dans la base de données économiques et sociales mise à disposition par l’employeur et portant sur l’année en cours et les deux années précédentes ; qu’en jugeant le contraire, la cour d’appel a violé les articles L. 2325-35, L. 2325-36, L. 2325-37 et L. 2327-15 du code du travail dans leur version applicable et l’article L. 823-13 du code de commerce, ensemble les articles L. 2323-8 et R. 2323-1-5 du code du travail ;

Mais attendu que la cour d’appel a décidé à bon droit qu’il résulte des dispositions des articles L. 2323-8 et R. 2323-1-5 du code du travail, alors applicables, que l’employeur remplit son obligation de communiquer les pièces utiles à la consultation annuelle sur les comptes, dès lors qu’il met à disposition du comité d’entreprise, et par suite de l’expert désigné par ce dernier, le détail des éléments de rémunération ou des éléments concernant les fournisseurs relatifs à l’année qui fait l’objet du contrôle et aux deux années précédentes ; que le moyen n’est pas fondé ;

Sur le troisième moyen, pris en ses deux premières branches :

Attendu que le comité social et économique d’établissement de Guyane de la société [...] , venant aux droits du comité d’établissement de Guyane de la société [...] , fait grief à l’arrêt de le débouter de sa demande tendant à obtenir la communication des informations relatives au calcul du budget de fonctionnement du comité pour les années 2014 et 2015 alors, selon le moyen :

1°/ que le comité d’établissement peut se faire assister d’un expert-comptable pour l’examen annuel des comptes, R... façon à connaître la situation économique, sociale et financière de l’établissement dans l’ensemble de l’entreprise et par rapport aux autres établissements avec lesquels il doit pouvoir se comparer ; que la mission de l’expert-comptable désigné par le comité d’établissement en application de l’article L. 2325-35 du code du travail porte sur tous les éléments d’ordre économique, financier ou social nécessaires à la compréhension des comptes et à l’appréciation de la situation économique de l’établissement dans l’entreprise ; que les éléments de calcul de la subvention de fonctionnement dont bénéficie le comité d’établissement, soit le montant et les modalités de calcul de la masse salariale inscrite au compte 641, constituent des données permettant d’apprécier la situation économique, sociale et financière de l’entreprise ; qu’en jugeant que la demande ne relevait pas de l’expertise instituée par l’article L. 2325-35 du code du travail, la cour d’appel a violé les articles L. 2325-35, L. 2325-36, L. 2325-37, L. 2325-43 et L. 2327-15 du code du travail du code du travail dans leur version applicable ;

2°/ qu’en déboutant le comité d’établissement aux motifs que celui-ci dispose d’un droit propre portant sur la subvention de fonctionnement et que le montant de celle-ci est étranger à la consultation annuelle sur les comptes, quand la demande ne tendait qu’à obtenir communication de l’assiette et des rubriques comptables correspondantes au compte 641, sans remettre en cause le montant de la subvention, la cour d’appel a dénaturé les termes du litige, en violation des articles 4 et 5 du code de procédure civile ;

Mais attendu que pour rejeter la demande de communication de documents, la cour d’appel, a, sans dénaturation, exactement retenu qu’aucune consultation n’étant prévue sur le montant des subventions versées chaque année au comité d’établissement, la contestation de ce montant supposait, dans le cadre d’une procédure en référé, que les conditions prévues par les articles 808 et 809 du code de procédure civile soient remplies, ce qui n’était pas le cas en l’espèce puisque la demande été formée à l’occasion de la consultation sur les comptes annuels de la société sans que soient invoqués de motifs précis à l’appui de la demande ; que le moyen n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;


Président : M. Huglo, conseiller doyen faisant fonction de président
Rapporteur : M. Joly, conseiller référendaire
Avocat général : Mme Laulom
Avocat(s) : SCP Thouvenin, Coudray et Grévy - SCP Sevaux et Mathonnet