Arrêt n°388 du 10 juin 2020 (18-26.229 ; 18-26.230) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2020:SO00388

Séparation des pouvoirs

Rejet

Sommaire :
Si, selon l’article L. 1235-7-1 du code du travail, le contenu du plan de sauvegarde de l’emploi et la régularité de la procédure de licenciement collectif ne peuvent faire l’objet d’un litige distinct de celui relatif à la décision de validation de l’accord collectif déterminant le contenu du plan de sauvegarde de l’emploi, le juge judiciaire demeure compétent pour connaître de l’action exercée par les salariés licenciés aux fins de voir constater une violation des dispositions de l’article L. 1224-1 du code du travail de nature à priver d’effet leurs licenciements.


Demandeur(s) : Le groupement d’intérêt économique Pari mutuel hippodrome (GIE PMH)

Défendeur(s) : M. C...  L... et autre(s) ;


Jonction

1. En raison de leur connexité, les pourvois n° H 18-26.229 et G 18-26.230 sont joints.

Désistement partiel

2. Il est donné acte au groupement d’intérêt économique (GIE) Pari mutuel hippodrome du désistement de ses pourvois en ce qu’ils sont dirigés contre l’association France Galop et l’association Le Trot.

Faits et procédure

3. Selon les arrêts attaqués (Paris, 8 novembre 2018), le GIE Pari mutuel hippodrome a présenté un projet de transformation de son activité de mise en oeuvre des paris sur les hippodromes parisiens, de Chantilly et de Deauville, qui s’accompagnait d’un plan de sauvegarde de l’emploi prévoyant la cessation de son activité et la suppression de deux cent-neuf postes de travail. Un accord collectif majoritaire portant plan de sauvegarde de l’emploi a été conclu le 2 juin 2015 et validé par la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi le 30 juin 2015. M. L...  et M. R...  dont le contrat de travail a été rompu dans le cadre de ce licenciement collectif, ont saisi la juridiction prud’homale notamment de demandes en paiement de dommages-intérêts fondées sur la fraude aux dispositions de l’article L. 1224-1 du code du travail.

4. L’employeur a soulevé une exception d’incompétence au profit de la juridiction administrative.

Examen du moyen

Sur le moyen, pris en ses trois dernières branches


5. En application de l’article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur le moyen annexé qui n’est manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Sur le moyen, pris en sa première branche


Enoncé du moyen

6. L’employeur fait grief aux arrêts de rejeter l’exception d’incompétence et de dire le conseil de prud’hommes matériellement compétent pour connaître du litige, alors « que l’accord collectif mentionné à l’article L. 1233-24-4 du code du travail, le contenu du plan de sauvegarde de l’emploi, les décisions prises par l’administration au titre de l’article L. 1233-57-5 et la régularité de la procédure du licenciement collectif ne peuvent faire l’objet d’un litige distinct de celui relatif à la décision de validation ou d’homologation mentionnée à l’article L. 1233-57-4 du même code ; que ces litiges relèvent de la compétence, en premier ressort, du tribunal administratif ; que la question de savoir si le PSE méconnaît les exigences d’ordre public de l’article L. 1224-1 du code du travail, qui concerne la régularité de la procédure du licenciement collectif, relève donc de la compétence du juge administratif ; qu’en décidant que la question de savoir si les contrats de travail des salariés du GIE PMH auraient dû être transférés au GIE PMU en application de l’article L. 1224-1 du code du travail relevait de la compétence du juge judiciaire, la cour d’appel a violé ensemble les articles L. 233-24-4, L. 1233-57-5, L. 1233-57-4 et L. 1224-1 du code du travail. »

Réponse de la Cour

7. Il résulte des articles L. 1233-57-2, dans sa rédaction issue de la loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014, et L. 1235-7-1 du code du travail que, dans le cas d’un licenciement collectif pour lequel l’employeur est tenu d’établir un plan de sauvegarde de l’emploi, l’autorité administrative valide l’accord collectif mentionné à l’article L. 1233-24-1 dès lors qu’elle s’est assurée notamment de sa conformité aux articles L. 1233-24-1 à L. 1233-24-3, de la régularité de la procédure d’information et de consultation du comité d’entreprise, en particulier la vérification que le comité d’entreprise a été mis à même de formuler les avis mentionnés à l’article L. 1233-30 en toute connaissance de cause, et de la présence dans le plan de sauvegarde de l’emploi des mesures prévues aux articles L. 1233-61, dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2016-1088 du 8 août 2016, et L. 1233-63. Le contenu du plan et la régularité de la procédure de licenciement collectif ne peuvent faire l’objet d’un litige distinct de celui relatif à la décision de validation de l’accord collectif déterminant le contenu du plan de sauvegarde de l’emploi.

8. Le juge judiciaire demeure ainsi compétent pour connaître de l’action exercée par les salariés licenciés aux fins de voir constater une violation des dispositions de l’article L. 1224-1 du code du travail, de nature à priver d’effet les licenciements économiques prononcés à l’occasion du transfert d’une entité économique autonome, et de demander au repreneur la poursuite des contrats de travail illégalement rompus ou à l’auteur des licenciements illégaux la réparation du préjudice en résultant.

9. La cour d’appel, qui a constaté que le conseil de prud’hommes était saisi de demandes des salariés tendant à la condamnation de l’auteur des licenciements au paiement de dommages-intérêts en raison d’une fraude aux dispositions de l’article L. 1224-1 du code du travail, en a exactement déduit que la juridiction prud’homale était compétente.

10. Le moyen n’est donc pas fondé.

PAR CES MOTIFS,
la Cour :

REJETTE les pourvois ;


Président : M. Cathala
Rapporteur : Mme Marguerite, conseiller référendaire
Avocat général : Mme Laulom
Avocat(s) :  SCP Rousseau et Tapie - SCP Lyon-Caen