Arrêt n°647 du 08 juillet 2020 (19-10.534) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2020:SO00647

Représentation des salariés

Rejet

Sommaire :
Une décision d’annulation d’une autorisation administrative devient définitive lorsqu’il n’a pas été formé de recours dans les délais, ou lorsqu’aucune voie de recours ordinaire ne peut plus être exercée à son encontre. Le fait qu’après l’annulation par une décision définitive de l’autorisation administrative de licenciement, l’employeur puisse reprendre la procédure de licenciement pour les mêmes faits et demander une nouvelle autorisation de licenciement est sans emport sur le caractère définitif de la décision d’annulation de la première décision d’autorisation et sur l’application des dispositions de l’article L. 2422-4 du code du travail.


Demandeur(s) : La société Bongard, société par actions simplifiée

Défendeur(s) : M. G...  L... ; et autre


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Colmar, 14 décembre 2018), M. L... , salarié de la société Bongard depuis mars 2000, et titulaire de divers mandats représentatifs depuis 2002, a été licencié pour faute grave le 9 août 2012, après obtention d’une autorisation préalable de licenciement datée du 7 août 2012. L’autorisation administrative a été annulée par la cour administrative d’appel le 23 juin 2015, et le pourvoi formé sur cette décision a été déclaré irrecevable par le Conseil d’Etat. Le salarié a été réintégré dans ses fonctions le 21 juillet 2015.

2. Le salarié a saisi la juridiction prud’homale d’une demande en paiement de l’indemnité prévue à l’article L. 2422-4 du code du travail en cas d’annulation d’une autorisation administrative de licenciement. Par ailleurs, l’employeur a repris la procédure de licenciement et obtenu, le 15 février 2016, une autorisation de licenciement du ministre du travail.

Examen des moyens

Sur le second moyen, ci-après annexé

3. En application de l’article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ce moyen qui n’est manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Sur le premier moyen

Enoncé du moyen

4. L’employeur fait grief à l’arrêt de le condamner à payer au salarié une certaine somme au titre de l’indemnité de l’article L. 2422-4 du code du travail alors :

« 1°/ que l’indemnisation correspondant à la réparation du préjudice subi au cours de la période écoulée entre le licenciement d’un salarié protégé et sa réintégration n’est due que lorsque l’annulation de la décision autorisant le licenciement est devenue définitive ; que tel n’est pas le cas lorsque l’employeur poursuit, à la suite de la réintégration d’un salarié protégé, la procédure de licenciement initialement engagée en considération des mêmes faits ; qu’en l’espèce, la société soutenait que les dispositions de l’article L. 2422-4 du code du travail, prévoyant l’indemnisation du préjudice subi au cours de la période écoulée entre le licenciement du salarié protégé et sa réintégration, n’étaient pas applicables dès lors que, l’employeur ayant repris la même procédure de licenciement à la suite de la réintégration du salarié et cette procédure ayant abouti au licenciement du salarié, il s’agissait d’une seule et même procédure et donc qu’aucune annulation définitive de la dernière décision d’autorisation de licenciement n’était intervenue ; que pour accueillir les demandes indemnitaires formées par le salarié à l’encontre de la société exposante, la cour d’appel a considéré par motifs propres et adoptés que la circonstance que l’employeur ait repris un processus de licenciement du salarié en obtenant une nouvelle autorisation administrative de licenciement à son encontre fondée sur les mêmes faits était sans emport puisqu’elle reposait sur une autre autorisation administrative de licenciement et que la première décision d’autorisation de licenciement du 7 août 2012 était définitive ; qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a violé l’article L. 2422-4 du code du travail.

2°/ que l’indemnisation correspondant à la réparation du préjudice subi au cours de la période écoulée entre le licenciement d’un salarié protégé et sa réintégration n’est due que lorsque l’annulation de la décision autorisant le licenciement est devenue définitive ; que tel n’est pas le cas lorsque l’employeur poursuit, à la suite de la réintégration d’un salarié protégé, la procédure de licenciement initialement engagée en considération des mêmes faits ; qu’en l’espèce, pour accueillir les demandes indemnitaires formées par le salarié à l’encontre de la société exposante, la cour d’appel a considéré par motifs propres que l’indemnisation du salarié protégé pour le préjudice subi entre son licenciement et sa réintégration suite à l’annulation de la décision d’autorisation du licenciement, reposait sur le caractère définitif de cette annulation et non sur le fait que son licenciement serait infondé, ce qui pourrait être à nouveau discuté dans le cadre de la nouvelle procédure de licenciement ; que cependant, l’appréciation du caractère définitif de l’annulation de la décision autorisant le licenciement ne pouvait être réalisée indépendamment de la poursuite de la procédure initiale par l’employeur fondée sur les mêmes motifs et de la justification des motifs ayant présidé au licenciement du salarié protégé ; qu’en statuant comme elle l’a fait, la cour d’appel a derechef violé l’article L. 2422-4 du code du travail. »

Réponse de la Cour

5. En application de l’article L. 2422-4 du code du travail le salarié protégé, licencié après l’obtention d’une autorisation administrative de licenciement ultérieurement annulée, peut demander indemnisation de son préjudice lorsque la décision d’annulation est devenue définitive.

6. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de cassation (Soc., 10 décembre 1997, pourvoi n° 94-45.337, Bull. 1997, V, 435) que l’annulation par le juge administratif d’un refus d’autorisation de licencier ne vaut pas autorisation de licencier et une autorisation administrative de licencier délivrée postérieurement à l’annulation par le juge administratif d’une précédente autorisation ne peut avoir pour effet de régulariser a posteriori le licenciement prononcé sur la base de l’autorisation annulée et tenir en échec le droit à réintégration que le salarié tient de l’annulation par le juge administratif de la précédente autorisation. Par ailleurs, la Cour a déjà jugé (Soc., 2 février 2006, pourvoi n° 05-41.811, Bull. 2006, V, n° 61) que le caractère définitif de la décision administrative privant le licenciement d’un salarié protégé de validité n’a d’effet que sur l’exigibilité du paiement de l’indemnité prévue à l’article L. 412-19 du code du travail destinée à réparer le préjudice subi par le salarié évincé de l’entreprise, qui perdure tant que la réintégration qu’il a demandée ne lui est pas accordée.

7. Une décision d’annulation d’une autorisation administrative devient définitive lorsqu’il n’a pas été formé de recours dans les délais, ou lorsqu’aucune voie de recours ordinaire ne peut plus être exercée à son encontre. Le fait qu’après l’annulation par une décision définitive de l’autorisation administrative de licenciement, l’employeur puisse reprendre la procédure de licenciement pour les mêmes faits et demander une nouvelle autorisation de licenciement est sans emport sur le caractère définitif de la décision d’annulation de la première décision d’autorisation et sur l’application des dispositions de l’article L. 2422-4 du code du travail.

8.C’est dès lors à bon droit que la cour d’appel, constatant que le salarié avait été licencié le 9 août 2012 en vertu d’une autorisation administrative ultérieurement annulée par une décision définitive, a fait droit à la demande d’indemnité formée par le salarié en application de l’article L. 2422-4 du code du travail.

9. Le moyen n’est donc pas fondé.


PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;

Condamne la société Bongard aux dépens ;


Président : M. Cathala
Rapporteur : Mme Pécaut-Rivolier, conseiller

Avocat général : Mme Berriat
Avocat(s) : SCP Lyon-Caen et Thiriez - SCP Thouvenin, Coudray et Grévy