Arrêt n°1233 du 11 septembre 2019 (18-12.293) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2019:SO01233

Représentation des salariés

Cassation

Sommaire :
En application des articles L.2413-1 et L.2421-1 du code du travail, le travailleur temporaire, conseiller du salarié, est protégé en cas d’interruption ou de notification du non-renouvellement de sa mission lorsqu’un tel renouvellement est prévu au contrat de mission, ainsi que dans le cas où l’entreprise de travail temporaire lui a notifié sa décision de ne plus faire appel à lui par de nouveaux contrats de mission.


Demandeur(s) : société Camo interim, société en nom collectif
Défendeur(s) : M. T... G...


Sur le premier moyen :

Vu les articles L. 2413-1 et L. 2421-1 du code du travail ;

Attendu qu’en application de ces textes, le travailleur temporaire, conseiller du salarié, est protégé en cas d’interruption ou de notification du non-renouvellement de sa mission lorsqu’un tel renouvellement est prévu au contrat de mission, ainsi que dans le cas où l’entreprise de travail temporaire lui a notifié sa décision de ne plus faire appel à lui par de nouveaux contrats de mission ;

Attendu, selon l’arrêt attaqué, que M. G... a été engagé par l’entreprise de travail temporaire Camo intérim et mis à disposition de la société Can Packagin, par contrat de mission du 10 juin 2013, pour une période allant du 10 au 14 juin 2013 dans le cadre d’un accroissement temporaire d’activité ; qu’il a, par lettre envoyée le 8 juin 2013 et reçue le 11 juin 2013, informé la société Camo intérim de son statut de conseiller du salarié ; que le 12 juin 2013, la société Camo intérim a demandé à l’inspecteur du travail de valider la fin de mission d’intérim ; que la mission d’intérim a pris fin le 14 juin 2013 ; que le 21 juin 2013, l’inspecteur du travail s’est déclaré incompétent pour statuer sur la demande d’autorisation, au double motif que le conseiller du salarié ne bénéficie pas du statut protecteur dans le cadre de missions de travail temporaire, et qu’en tout état de cause il n’y a pas lieu à intervention de l’inspecteur du travail pour une fin de mission ; que la décision de l’inspecteur du travail a été annulée sur recours hiérarchique par une décision du 18 décembre 2013, le ministre du travail se déclarant cependant à son tour incompétent en raison de la rupture intervenue avant sa décision ; que le salarié a saisi la juridiction prud’homale le 23 octobre 2014 en soutenant que la rupture de son contrat de mission est intervenue en violation du statut protecteur et obtenir paiement de dommages-intérêts à ce titre ;

Attendu que pour faire droit à sa demande, l’arrêt retient que, sauf fraude, le conseiller du salarié travailleur temporaire est protégé non seulement en cas d’interruption ou de notification de non-renouvellement de mission mais également dans le cas où l’entreprise de travail temporaire décide de ne plus lui confier de mission ; que dans le cas présent l’intéressé avait avisé l’employeur dès le 8 juin de son statut de conseiller si bien qu’aucune fraude ne peut être caractérisée et qu’il s’ensuit que, faute d’autorisation administrative comme en l’espèce, l’absence de proposition de continuer à effectuer des missions s’analyse en une cessation du contrat de travail entachée de nullité ;

Qu’en statuant ainsi, sans caractériser l’existence, soit d’une interruption du contrat de mission en cours, soit d’un refus de renouvellement de cette mission alors qu’un tel renouvellement avait été prévu au contrat, soit de la notification au salarié par l’entreprise de travail temporaire de sa décision de ne plus faire appel à lui par de nouveaux contrats de mission, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;

Et sur le second moyen :

Vu l’article 624 du code de procédure civile ;

Attendu que la cassation sur le premier moyen entraîne, par voie de conséquence, la cassation du chef du dispositif visé par le second moyen ;

PAR CES MOTIFS :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 19 décembre 2017, entre les parties, par la cour d’appel de Colmar ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Metz ;


Président : M. Cathala
Rapporteur : Mme Pécaut-Rivolier, conseiller
Avocat général : Mme Trassoudaine-Verger
Avocat(s) : SCP Gatineau et Fattaccini - SCP Gadiou et Chevallier