Arrêt n°1566 du 14 novembre 2019 (17-26.822 ; 17-26.823 ) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2019:SO01566

Union européenne

Rejet

Sommaire :
Il résulte de l’article 1er, § 2, de la directive 2001/23/CE du Conseil du 12 mars 2001 concernant le rapprochement des législations des Etats membres relatives au maintien des droits des travailleurs en cas de transfert d’entreprises, d’établissements ou de parties d’entreprises ou d’établissements, que l’article L. 1224-1 du code du travail n’est applicable que dans la mesure où l’entreprise, l’établissement ou la partie d’entreprise ou d’établissement à transférer se trouve dans le champ d’application territorial du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.


Demandeur(s) : M. X... J... et autres ;
Défendeur(s) :
société Teva santé, société par actions simplifiée et autres ;


Vu leur connexité, joint les pourvois n° F 17-26.822 et n° H 17-26.823 ;

Sur le moyen unique :

Attendu, selon les arrêts attaqués (Versailles, 5 septembre 2017), que MM. J...  et K...  ont été engagés par la société Laboratoire Theramex, société de droit monégasque et ayant son siège social à Monaco, les 12 novembre 2001 et 27 avril 2005 ; que les contrats de travail prévoyaient Monaco comme lieu de travail, l’application de la loi monégasque et indiquaient que toute contestation relative à leur application relevait de la compétence exclusive des tribunaux de Monaco ; que, le 5 janvier 2011, la société Teva Pharma BV (Pays-Bas) (le Groupe Teva) a repris la société Theramex ainsi que le groupe américain Cephalon avec sa filiale française, la société Cephalon France, en octobre 2011 ; qu’en 2012, le Groupe Teva a décidé de confier à la nouvelle société Teva santé, issue de la fusion, au 31 décembre 2012, des sociétés Teva santé, Teva Pharma et Cephalon France, la promotion des produits Theramex ; que, consultés, les 11 et 18 juin 2012, sur un projet de restructuration de la société Theramex, conduisant au transfert vers Teva santé de quatre-vingt-huit salariés, le document d’information du 5 juin 2012 destiné aux représentants du personnel faisant état de l’application des dispositions de l’article L. 1224-1 du code du travail français pour ces salariés, les délégués du personnel ont donné un avis favorable à ce transfert ; que la réorganisation a également conduit à la suppression de quatre-vingt-quatre postes au sein de la société Theramex dont ceux de MM J...  et K...  ; qu’en application de la loi monégasque le licenciement de M. J... , délégué du personnel jusqu’au 15 février 2013 au sein de la société Theramex, a été soumis à l’autorisation de la commission de licenciement monégasque qui a été obtenue le 1er mars 2013 ; que les deux salariés ont été licenciés pour motif économique par la société Theramex, respectivement les 5 mars 2013 et 19 février 2013 ; que la société Theramex a été placée depuis en liquidation amiable ;

Attendu que les salariés font grief aux arrêts de rejeter le contredit formé par chacun d’eux, de confirmer les jugements d’incompétence et de dire n’y avoir lieu à statuer sur la demande tendant à voir déclarer le droit français applicable alors, selon le moyen :

1°/ que pour trancher l’exception d’incompétence soulevée dans l’affaire dont il est saisi, le juge statue, si nécessaire, sur les questions de fond dont dépend sa compétence ; qu’une clause attributive de compétence incluse dans un contrat de travail international ne peut faire échec aux dispositions impératives de l’article R. 1412-1 du code du travail, applicables dans l’ordre international, dont le 3e alinéa dispose que le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes du lieu où l’employeur est établi ; que pour rejeter le contredit formé par le salarié et déclarer la juridiction prud’homale française incompétente, la cour d’appel énonce « que la loi monégasque, serait-elle applicable, est soumise à la convention de Rome qui prend en compte les lois impératives des pays signataires dans son article 7 ; que celle-ci ratifiée par la France est d’un niveau supérieur à la loi française, de sorte que les lois impératives françaises doivent être considérées comme préservées par cet accord international » et que « c’est donc à tort que le salarié se plaint de ce que l’article L. 1224-1 du code du travail français pourrait être écarté par le juge monégasque en contradiction avec le droit français » ; qu’en statuant ainsi, sans trancher la question de fond dont dépendait sa compétence, à savoir la question du transfert du contrat de travail d’un employeur établi à Monaco à un employeur établi en France, à Courbevoie, ce dont il résultait que le conseil des prud’hommes de Nanterre était compétent, la cour d’appel a violé les articles 77 et 80, ensemble les articles 5 et 49 du code de procédure civile, ensemble les articles L. 1221-5, R. 1412-1 et R. 1412-4 du code du travail ;


2°/ que le juge doit préciser le fondement juridique de sa décision afin de mettre la Cour de cassation en mesure d’exercer son contrôle ; qu’en statuant ainsi, sans préciser le fondement juridique de sa décision en vertu duquel le juge monégasque est tenu d’appliquer la convention de Rome du 19 juin 1980 dont le caractère universel s’impose aux juges des Etats membres de l’Union européenne, la cour d’appel a violé l’article 12 du code de procédure civile ;


3°/ que la clause attributive de compétence incluse dans un contrat de travail international ne peut faire échec aux dispositions impératives de l’article R. 1412-1 du code du travail, applicables dans l’ordre international, dont le 3e alinéa dispose que le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes du lieu où l’employeur est établi ; qu’en statuant comme elle l’a fait, sans rechercher, comme il lui était demandé, si, indépendamment de la question d’applicabilité de l’article L. 1224-1 du code du travail et de la directive CE 2001/23 du 12 mars 2001 au présent litige, la société Teva santé, société de droit français domiciliée en France, à Courbevoie, n’avait pas la qualité de co-employeur à l’égard du salarié, ce dont il résultait que le conseil des prud’hommes de Nanterre était compétent, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard des articles L. 1221-1, L. 1221-5, R. 1412-1 et R. 1412-4 du code du travail ;


4°/ que la clause attributive de compétence incluse dans un contrat de travail international ne peut faire échec aux dispositions impératives de l’article R. 1412-1 du code du travail, applicables dans l’ordre international, dont le 2e alinéa dispose que le conseil de prud’hommes territorialement compétent est celui dans le ressort duquel est situé l’établissement où est accompli le travail ; qu’en rejetant le contredit formé par le salarié et en déclarant la juridiction prud’homale française incompétente alors pourtant que, par motifs adoptés, elle a relevé que le salarié accomplissait ses fonctions, à la fois en France et à Monaco, ce dont elle aurait dû déduire l’existence en France, au sens de l’article susvisé, d’un établissement justifiant la compétence de la juridiction prud’homale française, la cour d’appel a violé les articles L. 1221-5, R. 1412-1 et R. 1412-4 du code du travail ;


5°/ que s’il y a plusieurs défendeurs, le demandeur peut assigner tous les défendeurs devant la juridiction du lieu où demeure l’un d’eux, malgré la clause attribuant, au profit de certains d’entre eux, compétence à une juridiction étrangère, à la condition qu’il y ait indivisibilité entre les demandes formées contre les divers défendeurs ; qu’en s’abstenant de rechercher s’il n’y avait pas indivisibilité entre les demandes formées contre les sociétés Laboratoire Theramex et Teva santé de sorte que la clause attributive de compétence dont se prévalait la société Laboratoire Theramex ne pouvait pas priver le salarié de la faculté qui lui était donnée, dès lors que la société Teva santé avait son siège en France, de saisir de l’ensemble du litige la juridiction française normalement compétente à l’égard de cette dernière société, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard des articles 42, alinéa 2, et 48 du code de procédure civile ;

Mais attendu, d’abord, qu’il résulte de l’article 1er § 2 de la Directive 2001/23/CE du Conseil du 12 mars 2001 concernant le rapprochement des législations des États membres relatives au maintien des droits des travailleurs en cas de transfert d’entreprises, d’établissements ou de parties d’entreprises ou d’établissements, que l’article L. 1224-1 du code du travail n’est applicable que dans la mesure où l’entreprise, l’établissement ou la partie d’entreprise ou d’établissement à transférer se trouve dans le champ d’application territorial du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ;

Attendu, ensuite, qu’il n’est pas contesté que la société Theramex avait son siège social dans la Principauté de Monaco qui n’est pas comprise dans le champ d’application du traité précité ; que, par ce motif de pur droit, les parties en ayant été avisées en application de l’article 1015 du code de procédure civile, les arrêts se trouvent justifiés au regard de la première branche du moyen ;

Attendu qu’il ne résulte ni des arrêts ni des conclusions des salariés devant la cour d’appel que les argumentations visées à la troisième branche et à la cinquième branche du moyen ont été soutenues ;

Attendu, enfin, que la cour d’appel a statué par motifs propres en énonçant le fondement juridique de sa décision ;

D’où il suit que le moyen, irrecevable comme nouveau et mélangé de fait et de droit en ses troisième et cinquième branches, et qui manque en fait en ses deuxième et quatrième branches, ne peut être accueilli ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE les pourvois ;


Président : M. Cathala
Rapporteur : M. Rinuy
Avocat général : Mme Laulom
Avocat(s) :
SCP Thouvenin, Coudray et Grévy - SCP Gatineau et Fattaccini - SCP Nicolaÿ, de Lanouvelle et Hannotin