Arrêt n°1719 du 11 décembre 2019 (19-12.596) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2019:SO01719

Elections professionnelles

Cassation

Sommaire :  
Il résulte des articles L. 2314-32, alinéa 4, et L. 2314-29 du code du travail que la constatation par le juge, après l’élection, du non-respect par une liste de candidats des prescriptions prévues à l’article L. 2314-30, alinéa 1er, seconde phrase, du même code entraîne l’annulation de l’élection des élus du sexe dont le positionnement sur la liste des candidats ne respecte pas ces prescriptions et que pour l’application de cette règle, le juge tient compte de l’ordre des élus tel qu’il résulte le cas échéant de l’application des règles relatives à la prise en compte des ratures dont le nombre est égal ou supérieur à 10 % des suffrages exprimés.


Demandeur(s) : La société Vente-Privée logistique, société par actions simplifiée

Défendeur(s) : M. O... G... et autre(s) ;


Sur le moyen unique, pris en sa seconde branche :

Vu l’article L. 2314-32 du code du travail ;

Attendu qu’aux termes des troisième et quatrième alinéas du texte susvisé, la constatation par le juge, après l’élection, du non-respect par une liste de candidats des prescriptions prévues à la première phrase du premier alinéa de l’article L. 2314-30 entraîne l’annulation de l’élection d’un nombre d’élus du sexe surreprésenté égal au nombre de candidats du sexe surreprésenté en surnombre sur la liste de candidats au regard de la part de femmes et d’hommes que celle-ci devait respecter. Le juge annule l’élection des derniers élus du sexe surreprésenté en suivant l’ordre inverse de la liste des candidats. La constatation par le juge, après l’élection, du non-respect par une liste de candidats des prescriptions prévues à la seconde phrase du premier alinéa du même article L. 2314-30 entraîne l’annulation de l’élection du ou des élus dont le positionnement sur la liste de candidats ne respecte pas ces prescriptions ; que par ailleurs, l’article L. 2314-29 du même code dispose dans ses troisième et quatrième alinéas : « Lorsque le nom d’un candidat a été raturé, les ratures ne sont pas prises en compte si leur nombre est inférieur à 10 % des suffrages exprimés en faveur de la liste sur laquelle figure ce candidat. Dans ce cas, les candidats sont proclamés élus dans l’ordre de présentation » ;

Attendu qu’il en résulte que la constatation par le juge, après l’élection, du non-respect par une liste de candidats des prescriptions prévues à la seconde phrase du premier alinéa de l’article L. 2314-30 du code du travail entraîne l’annulation de l’élection des élus du sexe dont le positionnement sur la liste des candidats ne respecte pas ces prescriptions et que pour l’application de cette règle, le juge tient compte de l’ordre des élus tel qu’il résulte le cas échéant de l’application des règles relatives à la prise en compte des ratures dont le nombre est égal ou supérieur à 10 % des suffrages exprimés ;

Attendu selon jugement attaqué, que les sociétés Vente-Privée.com, Oosearch, Digital commerce et Vente-Privée logistique constituent une unité économique et sociale comportant deux établissements distincts, « siège » et « logistique », ce dernier composé des salariés de la société Vente-privée logistique (la société) ; que les élections des membres du comité social et économique de l’établissement « logistique » se sont déroulées le 10 octobre 2018 ; que dans le premier collège, ont été élus en qualité de titulaires, sur des listes établies par le syndicat CFTC, outre Mme E... , en première position, M. G... , figurant en troisième position après M. B...  sur la liste des candidats et en seconde position dans l’ordre des élus après prise en compte des ratures ; que par déclaration déposée au greffe le 23 octobre 2018, la société a notamment saisi le tribunal d’une demande d’annulation de l’élection de M. G...  au motif que la liste sur laquelle il figurait ne respectait pas l’alternance hommes/femmes imposée par le code du travail ;

Attendu que pour rejeter cette demande d’annulation, le tribunal d’instance retient que la liste CFTC présentée pour l’élection des titulaires dans le premier collège, et qui a obtenu deux sièges, était ainsi composée dans l’ordre de présentation de Mme R... E... , M. C... B... , M. O... G... , Mme Q... S... K... , (...) et qu’ont été élus Mme R... E...  et M. O... G...  ; qu’il est observé que si cet ordre de présentation n’avait pas été modifié par les ratures affectant la candidature de M. C... B... , la liste aurait obtenu un élu de chaque sexe conformément à l’objectif poursuivi par le législateur ; qu’en raison du pourcentage de ratures ayant affecté la candidature de M. C... B... , c’est encore un résultat conforme à cet objectif qui a été atteint ; qu’en revanche, si la règle d’alternance avait été respectée - Mme  Émilie S... K...  étant alors en troisième position -, ce sont deux candidats du même sexe qui auraient été élus, soit un résultat contraire à l’objectif légal ; qu’une interprétation et une application téléologiques de la règle d’alternance reposant sur sa finalité telle que voulue par le législateur s’opposent donc à l’annulation de l’élection de M. O... G...  dès lors que le non-respect de cette règle s’avère, en l’espèce, n’avoir porté aucune atteinte à l’objectif poursuivi par la loi ;

Qu’en statuant comme il a fait, le tribunal a violé le texte susvisé ;

PAR CES MOTIFS :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, le jugement rendu le 8 février 2019, entre les parties, par le tribunal d’instance d’Aulnay-sous-Bois ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit jugement et, pour être fait droit, les renvoie devant le tribunal d’instance de Bobigny ;


Président : M. Cathala
Rapporteur : Mme Lanoue, conseiller référendaire

Avocat général : Mme Bérriat 
Avocat(s) : SCP Gatineau et Fattacini
- SCP Thouvenin, Coudray et Grévy