Arrêt n° 1711 du 11 décembre 2019 (18-23.513) - Cour de cassation – Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2019:SO01711

Elections professionnelles

Rejet

Sommaire :
Lorsque plusieurs sièges sont à pourvoir, les organisations syndicales sont tenues de présenter une liste conforme à l’article L. 2314-30 du code du travail, c’est à dire respectant la proportion de la part des hommes et des femmes dans le collège électoral considéré et devant comporter au moins un candidat au titre du sexe sous-représenté. Lorsque l’application des règles de proportionnalité et de l’arrondi à l’entier inférieur en cas de décimale strictement inférieure à 5 conduit, au regard du nombre de sièges à pourvoir, à exclure totalement la représentation de l’un ou l’autre sexe il résulte de l’article précité que les listes de candidats peuvent comporter un candidat du sexe sous-représenté, sans que les organisations syndicales y soient tenues. Les dispositions de l’article L. 2314-30 du code du travail étant d’ordre public absolu, le protocole préélectoral ne peut y déroger.

Il s’ensuit que c’est à bon droit qu’un tribunal, ayant constaté que la proportion de femmes et d’hommes dans le collège concerné était respectivement de 30,46% et de 69,54% et que deux postes étaient à pourvoir, ce dont il résultait que la règle de proportionnalité donnant une décimale supérieure à 5, un poste devait être attribué à une femme, et que le syndicat n’avait présenté qu’un candidat homme, annule l’élection de ce dernier.


Demandeur(s) : M. U... X... ; et autre
Défendeur(s) : société Locanor ; et autres


Attendu, selon le jugement attaqué (tribunal d’instance d’Amiens, 28 septembre 2018), que la société Locanor a organisé, le 29 juin 2018, le premier tour des élections des membres de la délégation du personnel au comité social et économique ; qu’au sein du collège "Tam ingénieurs et cadres", deux sièges étaient à pourvoir, la proportion des hommes et des femmes dans ce collège étant respectivement de 69,54 % et de 30,46 % ; que le syndicat CFDT a présenté la candidature unique, en qualité à la fois de titulaire et de suppléant, de M. X... ; que ce dernier a été élu en qualité de suppléant ; que la société Locanor a saisi le tribunal d’instance, le 13 juillet 2018, d’une demande d’annulation de l’élection de M. X... ; que M. X... a formé, en cours d’instance, une demande reconventionnelle en annulation des élections ;

Sur le premier moyen :

Attendu qu’il est fait grief au jugement de déclarer irrecevable le salarié en sa demande d’annulation des élections, alors, selon le moyen, que la saisine du tribunal d’instance par toute partie recevable à agir aux fins d’annulation des élections professionnelles, interrompt le délai de forclusion de l’article R. 2314-24 du code du travail au bénéfice des autres parties à l’instance dont les demandes tendent à contester les mêmes élections ; que le tribunal, après avoir constaté que la société Locanor l’avait saisi dans le délai de 15 jours suivant l’élection, a déclaré irrecevable la demande de M. X... tendant à l’annulation de la même élection ; qu’en statuant comme il l’a fait, le tribunal a violé les articles R. 2314-24 du code du travail et 2241 du code civil ;

Mais attendu qu’ayant constaté que la demande principale tendait, non à l’annulation des élections, mais à l’annulation de l’élection d’un élu présent sur une liste ne respectant pas la parité des hommes et des femmes et que la demande reconventionnelle en annulation des élections avait été formée postérieurement au délai de forclusion de quinze jours, le tribunal d’instance a dit à bon droit cette demande irrecevable ; que le moyen n’est pas fondé ;

Sur le second moyen :

Attendu qu’il est fait grief au jugement d’annuler l’élection du salarié en qualité de membre suppléant du comité social et économique alors, selon le moyen :

1°/ qu’une liste peut comprendre un nombre de candidats inférieur au nombre de sièges à pourvoir et que, d’autre part, un salarié peut se porter candidat à une même fonction en qualité de titulaire et en qualité de suppléant ; qu’après avoir constaté que deux sièges étaient à pourvoir, le tribunal a annulé l’élection du salarié, homme, présenté comme seul candidat par le syndicat CFDT ; qu’en statuant comme il l’a fait, quand il n’était pas contesté que la proportion d’hommes s’élevait à 69,44 % et la proportion de femmes de 30,56 %, ce dont il résultait que le syndicat était en droit de présenter, en première position de liste, un salarié, homme, tandis que la liste pouvait comprendre un nombre de candidats inférieur au nombre de sièges à pourvoir et qu’enfin, le salarié pouvait se porter candidat à une même fonction en qualité de titulaire et en qualité de suppléant, le tribunal a violé les articles L. 2314-30 et L. 2314-32 du code du travail ;

2°/ qu’en application de l’article L. 2314-32 du code du travail, la constatation par le juge, après l’élection, du non-respect par une liste de candidats des prescriptions prévues à la première phrase du premier alinéa de l’article L. 2314-30 entraîne l’annulation de l’élection d’un nombre d’élus du sexe surreprésenté égal au nombre de candidats du sexe surreprésenté en surnombre sur la liste de candidats au regard de la part de femmes et d’hommes que celle-ci devait respecter ; que le juge annule l’élection des derniers élus du sexe surreprésenté en suivant l’ordre inverse de la liste des candidats ; que la constatation par le juge, après l’élection, du non-respect par une liste de candidats des prescriptions prévues à la seconde phrase du premier alinéa du même article L. 2314-30 entraîne l’annulation de l’élection du ou des élus dont le positionnement sur la liste de candidats ne respecte pas ces prescriptions ; qu’en annulant l’élection de M. X..., quand celui-ci n’est pas « élu du sexe surreprésenté en surnombre sur la liste de candidats au regard de la part de femmes et d’hommes que celle-ci devait respecter » et n’était pas mal positionné sur la liste, le tribunal a violé les articles L. 2314-30 et L. 2314-32 du code du travail ;

Mais attendu que, lorsque plusieurs sièges sont à pourvoir, les organisations syndicales sont tenues de présenter une liste conforme à l’article L. 2314-30 du code du travail, c’est à dire respectant la proportion de la part des hommes et des femmes dans le collège électoral considéré et devant comporter au moins un candidat au titre du sexe sous-représenté ; que lorsque l’application des règles de proportionnalité et de l’arrondi à l’entier inférieur en cas de décimale strictement inférieure à 5 conduit, au regard du nombre de sièges à pourvoir, à exclure totalement la représentation de l’un ou l’autre sexe il résulte de l’article précité que les listes de candidats peuvent comporter un candidat du sexe sous-représenté, sans que les organisations syndicales y soient tenues ; que les dispositions de l’article L. 2314-30 du code du travail étant d’ordre public absolu, le protocole préélectoral ne peut y déroger ;

Qu’il s’ensuit que le tribunal, ayant constaté que la proportion de femmes et d’hommes dans le collège concerné était respectivement de 30,46 % et de 69,54 % et que deux postes étaient à pourvoir, ce dont il résultait que la règle de proportionnalité donnant une décimale supérieure à 5, un poste devait être attribué à une femme, et que le syndicat n’avait présenté qu’un candidat homme, a statué à bon droit ;

D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;


Président : M. Cathala
Rapporteur : Mme Pécaut-Rivolier

Avocat général : Mme Berriat
Avocat(s) :
SCP Thouvenin, Coudray et Grévy