Arrêt n° 922 du 6 juin 2018 (16-25.527) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2018:SO00922

Rejet

Demandeur(s) : Syndicat national des personnels de la communication et de l’audiovisuel
Défendeur(s) : Société France télévisions ; et autre


Sur le premier moyen :

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 8 septembre 2016), que par lettres du 29 octobre 2012, la société France télévisions a demandé au syndicat national des personnels de la communication et de l’audiovisuel CFE-CGC (le syndicat SNPCA CFE-CGC) et au syndicat de la presse et de la communication et de l’audiovisuel CFE-CGC, devenu le syndicat CGC journalistes, de modifier leur siège statutaire et de le fixer en dehors des locaux de la société dans un délai de deux mois, comme suite à la dénonciation de l’usage qui leur permettait de s’y domicilier ; que par assignation délivrée le 10 février 2014, la société a saisi le tribunal de grande instance pour que les syndicats soient condamnés sous astreinte à procéder à la modification demandée ;

Attendu que le syndicat SNPCA CFE-CGC fait grief à l’arrêt de lui ordonner de transférer et de fixer son siège social en dehors des locaux de la société, alors, selon le moyen :

1°/ que le juge a l’obligation de ne pas dénaturer les documents de la cause ; qu’en l’espèce, la cour d’appel a affirmé qu’il n’est pas contesté que l’usage consistant à permettre aux organisations syndicales de domicilier leurs sièges sociaux dans les locaux de l’entreprise a été régulièrement dénoncé ; qu’en statuant ainsi, alors que le SNPCA CFE-CGC a, dans ses conclusions d’appel, critiqué non seulement l’existence même de cet usage et la licéité de sa dénonciation, la cour d’appel a dénaturé ces conclusions et partant violé l’article 4 du code de procédure civile ;

2°/ que le droit à l’action syndicale s’entend pour les organisations syndicales de la faculté de s’organiser librement dans toutes les entreprises ; qu’en considérant, en l’espèce, que la décision de la société France télévisions ne remettait pas en cause l’exercice du droit syndical, quand, en mettant unilatéralement fin à la mise à disposition d’un local au profit du SNPCA CFE-CGC au sein des locaux de l’entreprise, la société a porté atteinte au droit à l’action syndicale, la cour d’appel a violé l’article L. 2141-4 du code du travail, ensemble l’article 11 de la convention n° 87 de l’OIT et l’alinéa 6 du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ;

3°/ que la liberté syndicale implique celle pour une organisation syndicale de se constituer et de s’organiser ; qu’en considérant, en l’espèce, que la décision de la société France télévisions ne remettait pas en cause la liberté des syndicats de s’organiser au sein de l’entreprise, quand, en mettant unilatéralement fin à la mise à disposition d’un local au profit du SNPCA CFE-CGC au sein des locaux de l’entreprise, la société l’avait contrainte à modifier ses statuts, ce qui portait atteinte à la liberté du syndicat de se constituer et de s’organiser librement, la cour d’appel a violé l’article L. 2131-2, L. 2131-3, L. 2141-4, ensemble les articles 5 de la Charte sociale européenne, 11 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 12 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;

4°/ que la dénonciation d’un usage qui porte atteinte à la liberté syndicale doit être motivée ; qu’en l’espèce, la cour d’appel a considéré que n’était pas démontré que la société France télévisions aurait commis un quelconque abus de son droit de propriété et précisé que la société a laissé un délai plus que raisonnable au SNPCA CFE-CGC pour organiser le transfert de son siège social dans un autre lieu et informé les représentants élus du personnel ; qu’en statuant ainsi, sans rechercher, comme elle y était invitée si la société avait motivé la dénonciation de l’usage, laquelle, parce qu’elle mettait fin à la mise à disposition de locaux à l’organisation syndicale, faisait obstacle à l’exercice de la liberté syndicale, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard des dispositions de l’article L. 2141-4 du code du travail et des règles régissant la dénonciation des usages d’entreprise et engagements unilatéraux de l’employeur ;

Mais attendu qu’aucune des prérogatives inhérentes à la liberté syndicale n’autorise les organisations syndicales à fixer leur siège statutaire au sein de l’entreprise sans accord de l’employeur ; qu’il en résulte que celui-ci peut dénoncer l’usage les y autorisant sous réserve de ne pas porter une atteinte injustifiée et disproportionnée à l’exercice du droit syndical ;

Et attendu qu’ayant constaté qu’un délai raisonnable avait été laissé au syndicat pour transférer son siège hors de l’entreprise et qu’aucun des éléments produits au débat ne laissait apparaître que la décision n’aurait pas concerné la totalité des organisations syndicales qui avaient fixé leur siège dans l’entreprise, ni que l’employeur aurait commis un quelconque abus de son droit de propriété, la cour d’appel a légalement justifié sa décision ;

D’où il suit que le moyen, mal fondé en ses deuxième et troisièmes branches, est inopérant pour le surplus ;

Et attendu que le second moyen ci-après annexé, privé de portée en sa première branche, n’est manifestement pas de nature à entraîner la cassation pour le surplus ;

PAR CES MOTIFS  :

REJETTE le pourvoi ;


Président : M. Frouin
Rapporteur : Mme Chamley-Coulet, conseiller référendaire
Avocat général : Mme Berriat
Avocat(s) :
la SCP Lyon-Caen et Thiriez -SCP Célice, Soltner, Texidor et Périer