Arrêt n° 1069 du 28 juin 2018 (16-28.511) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2018:SO001069

Statut collectif du travail

Rejet

Sommaire :

L’article 1.8 de l’avenant n° 12 du 16 juillet 2008 à la convention collective nationale de la coiffure, qui instaure une prime à partir de cinq ans d’ancienneté dans l’entreprise, dispose que l’ancienneté s’entend d’un nombre d’années entières et consécutives dans le même établissement. Il en résulte qu’il n’y a pas lieu de déduire les périodes de suspension du contrat de travail pour maladie.


Demandeur(s) : Mme Christiane X...
Défendeur(s) : Mme Cindy Y...


Attendu, selon l’arrêt attaqué (Rennes, 26 octobre 2016), que Mme Y... a été engagée le 15 mai 2007 par Mme X... en qualité de coiffeuse ; que le 7 août 2012, l’employeur lui a proposé une modification du contrat de travail de 35 à 30 heures hebdomadaires pour « baisse d’activité », refusée par la salariée ; que le 21 janvier 2013, la salariée a saisi la juridiction prud’homale de demandes en résiliation judiciaire du contrat de travail et en paiement de diverses sommes ; que le 18 février 2014 elle a été licenciée pour inaptitude et impossibilité de reclassement ;

Sur les premier, deuxième et quatrième moyens du pourvoi principal de l’employeur :

Attendu qu’il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur les moyens annexés qui ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation ;

Sur le troisième moyen du pourvoi principal de l’employeur :

Attendu que l’employeur fait grief à l’arrêt de le condamner à verser à la salariée une certaine somme au titre de la prime d’ancienneté et les congés payés afférents, alors, selon le moyen, que les absences pour maladie d’origine non professionnelle ne sont pas assimilés à du temps de travail effectif et ne peuvent être prises en compte pour la détermination des droits liés à l’ancienneté, sauf dispositions conventionnelles contraires ; que l’avenant n° 12 du 16 juillet 2008 à la convention collective nationale de la coiffure prévoit le versement d’une prime d’ancienneté à partir de cinq ans d’ancienneté dans l’entreprise, et précise seulement que « La prime d’ancienneté doit faire l’objet d’une ligne distincte sur le bulletin de paie. A défaut, celle-ci sera considérée ne pas avoir été payée. La prime d’ancienneté est versée au prorata du temps de travail effectif (par rapport à la durée légale du travail) pour les salariés à temps partiel. L’ancienneté s’entend d’un nombre d’années entières et consécutives dans le même établissement » ; qu’en jugeant qu’en l’absence de disposition conventionnelle excluant les périodes de suspension du contrat de travail du décompte de l’ancienneté, Mme Y... comptait cinq ans d’ancienneté au 15 mai 2012 nonobstant son arrêt de travail à compter de janvier 2012, pour juger qu’elle était en droit de prétendre à une prime d’ancienneté à compter de cette date, la cour d’appel a violé l’article L. 1226-7 du code du travail par fausse application, ensemble l’article 1-8 de l’avenant n° 12 du 16 juillet 2008 à la convention collective de la coiffure ;

Mais attendu que l’article 1.8 de l’avenant n° 12 du 16 juillet 2008 à la convention collective nationale de la coiffure, qui instaure une prime à partir de cinq ans d’ancienneté dans l’entreprise, dispose que l’ancienneté s’entend d’un nombre d’années entières et consécutives dans le même établissement ; qu’il en résulte qu’il n’y a pas lieu de déduire les périodes de suspension du contrat de travail pour maladie ; que le moyen n’est pas fondé ;

Sur le cinquième moyen du pourvoi principal de l’employeur :

Attendu que l’employeur fait grief à l’arrêt de prononcer la résiliation judiciaire du contrat de travail, de dire que cette résiliation produit les effets d’un licenciement nul et de le condamner au paiement de sommes en conséquence, alors, selon le moyen :

1°/ que la cassation à intervenir sur les premier, deuxième, troisième et/ou quatrième moyens entrainera par voie de conséquence la cassation de ce chef de dispositif en application de l’article 624 du code de procédure civile ;

2°/ que la discrimination en raison de l’état de santé n’est caractérisée que lorsqu’il est établi qu’un salarié fait l’objet d’une mesure défavorable du fait de son état de santé ; que ne constitue pas une telle mesure la proposition de modification du contrat de travail qui n’est pas suivie d’effet ; qu’en retenant en l’espèce que la proposition de modification de son contrat de travail présentée le 7 août 2012 à Mme Y... , prévoyant une diminution de son temps de travail motif pris d’une baisse d’activité, qui intervenait après deux arrêts maladie de quinze jours chacun prescrits dans le cadre de tentatives de FIV en janvier et mai 2012 et après que Mme Y... avait annoncé en juin 2012 qu’elle serait de nouveau en arrêt pour les mêmes raisons en septembre, et qui devait s’accompagner de l’embauche à temps partiel d’une autre salariée dont le contrat de professionnalisation prenait fin concomitamment, laissait présumer l’existence d’une discrimination en raison de l’état de santé de Mme Y... , sans cependant caractériser que cette modification avait été suivie d’effet, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard des articles L. 1132-1 et L. 1134-1 du code du travail ;

3°/ qu’en retenant que le fait pour l’employeur de s’être étonné dans son courrier du 5 février 2013 de l’absence de délai de prévenance par Mme Y... de son arrêt maladie du 24 janvier 2013 justifié par des tentatives de FIV contrairement à celui observé par elle à l’occasion de ses précédents arrêts pour les mêmes motifs, et de craindre une absence de longue durée de sa part, la cour d’appel qui n’a pas caractérisé des éléments de fait laissant supposer une discrimination à raison de l’état de santé de Mme Y... , a privé sa décision de base légale au regard des articles L. 1132-1 et L. 1134-1 du code du travail ;

4°/ que ne laisse pas supposer l’existence d’une discrimination en raison de l’état de santé d’un salarié le fait pour l’employeur d’embaucher un autre salarié en contrat à durée déterminée pour assurer son remplacement pendant son arrêt maladie ; que Mme X... faisait valoir qu’elle avait engagé Mme A... en contrat à durée déterminée pour assurer le remplacement de Mme Y... absente pour congés puis maladie ; qu’en retenant que l’embauche en contrat à durée déterminée de Mme A... pour une durée de quatre mois laissait présumer une discrimination à raison de l’état de santé de Mme Y... , sans rechercher comme elle y était invitée, quel était le motif de recours de ce contrat à durée déterminée, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard des articles L. 1132-1 et L. 1134-1 du code du travail ;

Mais attendu qu’ayant relevé que la proposition de modification du contrat de travail intervenait après deux arrêts de quinze jours chacun prescrits dans le cadre de tentatives de fécondation in vitro (FIV) en janvier et mai 2012 et après que la salariée eut annoncé en juin 2012 qu’elle serait de nouveau en arrêt pour les mêmes raisons en septembre, la cour d’appel, qui en a déduit que la chronologie de ces éléments, pris dans leur ensemble, laissait supposer l’existence d’une discrimination en raison de son état de santé, a légalement justifié sa décision ;

Sur le moyen unique du pourvoi incident de la salariée, ci-après annexé :

Attendu que sous le couvert de griefs non fondés de violation de la loi, le moyen ne tend qu’à remettre en cause l’appréciation par les juges du fond des éléments de fait et de preuve produits, qui, par une décision motivée, ont souverainement déterminé le nombre d’heures supplémentaires effectuées et la créance salariale s’y attachant ;

Et attendu que le moyen, qui en sa deuxième branche manque par le fait qui lui sert de base et en sa quatrième est privé de portée comme invoquant une cassation par voie de conséquence, n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE les pourvois ;


Président : M. Frouin
Rapporteur : Mme Prieur-Leterme, conseiller référendaire
Avocat général : Mme Grivel
Avocat(s) 
 : SCP Gatineau et FattacciniSCP Thouvenin, Coudray et Grévy