Arrêt n° 1569 du 21 septembre 2016 (15-17.658) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2016:SO01569

Représentation des salariés

Rejet


Demandeur(s) : la société Avon polymères France, société par actions simplifiée

Défendeur(s) : le comité d’ établissement de la société Avon polymères France, société par actions simplifiée


Sur le moyen unique :

 

 Attendu, selon l’arrêt attaqué (Rennes, 6 mars 2015), que le comité d’entreprise de la société Avon polymères France, filiale de la société Avon automobiles, elle-même détenue intégralement par la société MGI Coutier depuis le mois de juillet 2011, a décidé, le 27 mars 2012, le recours à la procédure d’alerte ; qu’ayant estimé les réponses de la société Avon polymères France insuffisantes, notamment quant à la situation économique et financière de la société MGI Coutier, le comité d’entreprise a décidé le recours à l’assistance d’un expert comptable ; que la société Avon polymères France a saisi le tribunal de grande instance d’une demande de suspension de la procédure d’alerte ;

 

 Attendu que la société Avon polymères France fait grief à l’arrêt de rejeter sa demande alors, selon le moyen :

 

 1°/ que le périmètre d’exercice du droit d’alerte du comité d’entreprise est l’entreprise, à l’exclusion de toute autre structure ou personne morale, serait-elle l’actionnaire unique ou de référence, ou exercerait-elle une influence économique sur l’entreprise ; qu’en l’espèce, la cour d’appel a constaté que la société Avon polymères France avait répondu de manière détaillée à toutes les questions du comité d’entreprise relatives à la stratégie de l’entreprise, dans les domaines à caractère économique, industriel et social ; qu’en retenant que l’obligation d’information pesant sur la société Avon polymères France devait être étendue à des questions relatives à la situation économique et financière de la société MGI Coutier, à son activité et à la situation de ses établissements, dès lors que la société MGI Coutier détenait le capital social de la société Avon polymères France et que cette dernière était en état de dépendance économique à l’égard de la société MGI Coutier, l’absence de réponse à ces questions permettant ainsi au comité d’entreprise de poursuivre la procédure d’alerte, la cour d’appel a violé l’article L. 2323-78 du code du travail ;

 

 2°/ que la mission de l’expert-comptable, désigné par le comité d’entreprise dans le cadre de son droit d’alerte, porte sur tous les éléments d’ordre économique, financier ou social nécessaires à la compréhension des comptes et à l’appréciation de la situation de l’entreprise et ne peut être étendue à l’appréciation de la situation économique, financière ou sociale de la société qui en détient le capital social et exerce sur l’entreprise un pouvoir économique ; qu’en jugeant que l’absence de réponse de la société Avon polymères France aux questions relatives à la situation économique et financière de la société MGI Coutier, détentrice du capital social de la société Avon polymères France et exerçant un pouvoir économique sur cette dernière, permettait au comité d’entreprise de recourir à un expert chargé d’établir un rapport sur la situation économique et financière de la société MGI Coutier, la cour d’appel a violé les articles L. 2323-78, L. 2323-79, L. 2325-35 et L. 2325-36 du code du travail ;

 

 3°/ que le droit d’ alerte du comité d’entreprise d’une société ne peut justifier une ingérence injustifiée dans la gestion de la personne morale détentrice du capital social de cette société et exerçant sur elle un pouvoir économique ; qu’en l’espèce, la société Avon polymères France faisait valoir que le comité d’entreprise de cette société ne détenait aucun droit de contrôle général de la société MGI Coutier, détentrice du capital social de la société Avon polymères France, au point de se faire communiquer « le nom des fournisseurs externes ou internes, leur localisation, le chiffre d’affaires achat qu’ils représentent et, plus particulièrement pour chaque site de la société MGI Coutier, les comptes de résultat, le business plan à 3 ans, la profitabilité, les portefeuilles de pièces produits, les entrées et sorties de personnel, les investissements et projets d’investissement » ; qu’en affirmant qu’il appartenait à la société Avon polymères France de remettre au comité d’entreprise tous les éléments d’information concernant la société MGI Coutier dont elle pouvait avoir connaissance et de répondre aux questions relatives à la situation économique et financière de la société MGI Coutier, à son activité et à la situation de ses onze établissements, sans constater, comme elle y était invitée, que les questions posées par le comité d’entreprise à cet égard étaient strictement nécessaires à l’appréciation de la situation de la société Avon polymères France et ne révélaient pas une immixtion injustifiée dans la gestion de la société MGI Coutier, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard des articles L. 2323-78, L. 2323-79, L. 2325-35 et L. 2325-36 du code du travail ;

 

 Mais attendu d’abord qu’aux termes de l’ article L. 2323-78 du code du travail, lorsque le comité d’entreprise a connaissance de faits de nature à affecter de façon préoccupante la situation économique de l’entreprise, il peut demander à l’employeur des explications ; que la cour d’appel, dans l’exercice de son pouvoir souverain d’appréciation, a retenu que la situation financière de la société Avon polymères France, extrêmement délicate dans la mesure où son capital social est détenu intégralement par la société MGI Coutier, cette dernière ayant été contrainte de lui apporter mensuellement depuis le début de l’année 2012 une somme de 350 000 euros à 400 000 euros afin de lui permettre de faire face au paiement des salaires et à la trésorerie, rendait indispensable pour le comité d’entreprise d’obtenir des informations sur la stratégie de la société mère à l’égard de sa filiale compte tenu de la situation de dépendance de cette dernière et, faute d’informations suffisantes, justifiait le recours à l’assistance d’un expert ;

 

 Attendu ensuite qu’il appartient au seul expert comptable désigné par le comité d’entreprise par application des articles L. 2323-78 et L. 2325-35 du code du travail de déterminer les documents utiles à l’exercice de sa mission ;

 

 D’où il suit que le moyen n’est fondé en aucune de ses branches ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 REJETTE le pourvoi ;

 


 Président : M. Frouin

Rapporteur : M. Huglo, conseiller

Avocat général : M. Weissmann, avocat général référendaire

Avocat(s) : SCP Gatineau et Fattaccini ; SCP Masse-Dessen, Thouvenin et Coudray