Arrêt n° 1788 du 13 octobre 2016 (15-16.872) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2016:SO01788

Conflit de lois

Cassation partielle


Demandeur(s) : l’ Association des parents d’ élèves de l’ école française de Delhi

Défendeur(s) : Mme Céline X...


Attendu, selon l’arrêt attaqué, que Mme X…, salariée de l’Association des parents d’élèves de l’école française de Delhi (l’association) engagée à New Delhi en qualité de « recrutée locale », a saisi la juridiction prud’homale pour obtenir la condamnation de son employeur à lui payer diverses sommes ;

 

 Sur le moyen unique du pourvoi incident de la salariée :

 

 Attendu qu’il n’y a pas lieu de statuer sur le moyen unique annexé à ce pourvoi, qui n’est manifestement pas de nature à entraîner la cassation ;

 

 Mais sur le premier moyen du pourvoi principal de l’association, pris en sa première branche :

 

 Vu l’article 6 § 2 de la convention de Rome sur la loi applicable aux obligations contractuelles ;

 

 Attendu qu’il résulte de l’article 6, paragraphe 2, de la convention de Rome sur la loi applicable aux obligations contractuelles, qu’à défaut de choix d’une loi exercé par les parties, le contrat de travail est régi par la loi du pays où le travailleur, en exécution du contrat de travail, accomplit habituellement son travail, à moins qu’il ne résulte de l’ensemble des circonstances que le contrat de travail présente des liens plus étroits avec un autre pays, auquel cas la loi de cet autre pays est applicable ; que, dans son arrêt du 12 septembre 2013 (CJUE, Schlecker, aff. C-64/12), la Cour de justice de l’Union européenne a jugé qu’il appartient à la juridiction de renvoi de procéder à la détermination de la loi applicable au contrat en se référant aux critères de rattachement définis à l’article 6, paragraphe 2, premier membre de phrase, de la convention de Rome, et en particulier au critère du lieu d’accomplissement habituel du travail, visé à ce paragraphe 2, sous a), que, toutefois, en vertu du dernier membre de phrase de ce même paragraphe, lorsqu’un contrat est relié de façon plus étroite à un État autre que celui de l’accomplissement habituel du travail, il convient d’écarter la loi de l’État d’accomplissement du travail et d’appliquer celle de cet autre État ; qu’à cette fin, la juridiction de renvoi doit tenir compte de l’ensemble des éléments qui caractérisent la relation de travail et apprécier celui ou ceux qui, selon elle, sont les plus significatifs, que le juge appelé à statuer sur un cas concret ne saurait cependant automatiquement déduire que la règle énoncée à l’article 6, paragraphe 2, sous a), de la convention de Rome doit être écartée du seul fait que, par leur nombre, les autres circonstances pertinentes, en dehors du lieu de travail effectif, désignent un autre pays ;

 

 Attendu que, pour déclarer la loi française applicable au contrat de travail, la cour d’appel retient que l’objet de l’association est de dispenser une instruction en français, que son mode de fonctionnement lui impose l’homologation de l’établissement par le ministère de l’éducation nationale, que la nomination du chef d’établissement est assurée par l’agence pour l’enseignement français à l’étranger, que de nombreux collègues exercent les mêmes fonctions sous le régime des expatriés ;

 

 Qu’en statuant ainsi, par des motifs inopérants, alors qu’elle avait constaté que la salariée, engagée directement en Inde, accomplissait exclusivement son travail à Delhi, que les contrats de travail étaient rédigés en langue française ou anglaise, qu’ils contenaient des références à la monnaie locale, que les bulletins de paie étaient établis à Delhi en roupie ou en euros et que la salariée ne démontrait pas acquitter ses impôts en France, la cour d’appel, qui n’a pas tiré les conséquences légales de ses constatations, a violé le texte susvisé ;

 

 PAR CES MOTIFS, et sans qu’il soit nécessaire d’examiner les deuxième et troisième branches du premier moyen et le second moyen du pourvoi principal de l’association :

 

 CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu’il confirme le jugement en ce qu’il condamne l’association à payer à Mme X… la somme de 2 945,22 euros au titre des primes ISOE et 700 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile et en ce qu’il déboute la salariée de sa demande de condamnation de l’employeur au titre du travail dissimulé, l’arrêt rendu le 18 février 2015, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, sur les autres points restant en litige, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris, autrement composée ;


 Président : M. Frouin

Rapporteur : M. Maron, conseiller

Avocat général : M. Boyer

Avocat(s) : SCP Gatineau et Fattaccini ; SCP Spinosi et Sureau