Arrêt n° 2009 du 9 novembre 2016 (15-15.064) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2016:SO02009

Statut collectif du travail

Cassation partielle


Demandeur(s) : M. Dominique X...

Défendeur(s) : la société Covema


 

 Attendu, selon l’arrêt attaqué, que M. X… a été engagé à compter du 5 mai 2008 par la société Covema (la société) en qualité de chef d’atelier ; que par avenant signé le 22 mai 2012, une convention de forfait annuelle sur la base de deux cent dix-huit jours a été convenue entre les parties à effet du 1er mai 2012 ; que le 4 janvier 2013, le salarié a été licencié ; qu’invoquant l’existence d’heures supplémentaires et contestant son licenciement ainsi que la validité de la convention de forfait, l’intéressé a saisi la juridiction prud’homale de diverses demandes ;

 

 Sur le deuxième moyen :

 

 Attendu qu’il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur le moyen annexé qui n’est manifestement pas de nature à entraîner la cassation ; 

 

 Sur le quatrième moyen ci-après annexé :

 

 Attendu que sous le couvert de griefs non fondés de violation de la loi et de défaut de base légale, le moyen ne tend qu’à remettre en discussion devant la Cour de cassation l’appréciation souveraine de la valeur et de la portée des éléments de preuve et de fait dont la cour d’appel, sans être tenue de suivre les parties dans le détail de leur argumentation, ni de s’expliquer sur les pièces qu’elle écartait, a pu en déduire l’existence d’une faute rendant impossible le maintien du salarié dans l’entreprise ;

 

 Mais sur le premier moyen :

 

 Vu l’alinéa 11 du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, l’article 151 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne se référant à la Charte sociale européenne et à la Charte communautaire des droits sociaux fondamentaux des travailleurs, l’article L. 3121-45 du code du travail, interprété à la lumière de l’article 17, paragraphes 1 et 4, de la directive 93/104/CE du Conseil du 23 novembre 1993, des articles 17, paragraphes 1 et 19 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 et de l’article 31 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, ensemble l’article 1.09 f de la convention collective du commerce et de la réparation de l’automobile, du cycle et du motocycle et des activités connexes, ainsi que du contrôle technique automobile du 15 janvier 1981, étendue par arrêté du 30 octobre 1981 ;

 

 Attendu, d’abord, que le droit à la santé et au repos est au nombre des exigences constitutionnelles ;

 

 Attendu, ensuite, qu’il résulte des articles susvisés des directives de l’Union européenne que les Etats membres ne peuvent déroger aux dispositions relatives à la durée du temps de travail que dans le respect des principes généraux de la protection de la sécurité et de la santé du travailleur ;

 

 Attendu, enfin, que toute convention de forfait en jours doit être prévue par un accord collectif dont les stipulations assurent la garantie du respect des durées maximales raisonnables de travail ainsi que des repos, journaliers et hebdomadaires ;

 

 Attendu que pour débouter le salarié de ses demandes en annulation de la convention de forfait et en paiement d’heures supplémentaires au delà du 1er mai 2012, l’arrêt retient que la société établit avoir satisfait aux obligations tant conventionnelles, qu’issues des dispositions nationales et européennes, en matière de protection de la santé du salarié, notamment en garantissant un strict contrôle du droit effectif au repos et aux amplitudes de travail, que l’entretien annuel afférent à l’organisation de la charge de travail était prévu, et la circonstance que le contrat de travail a été rompu avant l’expiration du délai pour accomplir cette formalité, n’est pas de nature à faire présumer que l’employeur aurait été défaillant, que surtout avaient bien été instaurés les documents de contrôle des jours travaillés et des jours de congés par voie d’un calendrier mensuel à remplir par le salarié lui-même et que ce dernier a rempli ces formulaires, visés par le service paye et produits aux débats ;

 


 Qu’en statuant ainsi, alors que les dispositions de l’article 1.09f alors applicables de la convention collective du commerce et de la réparation de l’automobile, du cycle et du motocycle et des activités connexes, ainsi que du contrôle technique automobile du 15 janvier 1981, étendue par arrêté du 30 octobre 1981, qui se bornent à prévoir que le salarié ayant conclu une convention de forfait défini en jours bénéficie, chaque année, d’un entretien avec son supérieur hiérarchique au cours duquel seront évoquées l’organisation et la charge de travail de l’intéressé et l’amplitude de ses journées d’activité, que cette amplitude et cette charge de travail devront rester raisonnables et assurer une bonne répartition, dans le temps, du travail des intéressés ainsi que l’instauration d’un document de contrôle faisant apparaître le nombre et la date des journées travaillées et la qualification des journées non travaillées par voie d’un calendrier mensuel à remplir par le salarié lui-même, ne sont pas de nature à garantir que l’amplitude et la charge de travail restent raisonnables et assurent une bonne répartition, dans le temps, du travail de l’intéressé, et, donc, à assurer la protection de la sécurité et de la santé du salarié, ce dont elle aurait dû déduire que la convention de forfait en jours était nulle, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;

 

 Et attendu que la cour d’appel ayant, outre les motifs censurés sur la validité de la convention de forfait, souverainement écarté, au vu des mentions des bulletins de paye, l’intention de dissimulation de la part de l’employeur, le troisième moyen, tiré d’une cassation par voie de conséquence de celle sur le premier moyen, ne saurait être accueilli ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce, qu’admettant la validité de la convention de forfait, il limite la condamnation de la société Covema à titre d’heures supplémentaires et congés payés aux sommes de 20 567, 24 euros et 2 056, 72 euros et en ce qu’il déboute M. X… de sa demande à titre de dommages-intérêts pour exécution déloyale du contrat de travail, l’arrêt rendu le 21 janvier 2015, entre les parties, par la cour d’appel de Reims ; remet, en conséquence, sur ces points, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Nancy ;


Président : M. Frouin

Rapporteur : Mme Schmeitzky-Lhuillery, conseiller

Avocat général : M. Liffran

Avocat(s) : SCP Masse-Dessen, Thouvenin et Coudray