Arrêt n° 959 du 19 mai 2016 (14-26.556 à 14-26.588) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2016:SO00959

Statut collectif du travail

Cassation partielle


Pourvois : n° 14-26.556 à 14-26.588

Demandeur(s) : M. Mustapha X..., et autres

Défendeur(s) : la société Aircar et autre


Vu leur connexité, joint les pourvois n° E 14-26.556 à B 14-26.576 et Q 14-26.558 ;

 

 Attendu, selon les arrêts attaqués, que la société Air France a mis fin le 1er juin 2006 au marché concédé à la société Aircar pour le transport de passagers au moyen de véhicules grand gabarit dénommés aérobus, qu’elle avait décidé de ne plus utiliser ; qu’elle a confié un marché de transport de passagers par de nouveaux cars à grande capacité à la société Aéropass appartenant au même groupe Transdev ; que trente-trois conducteurs d’aérobus ont été transférés de la société Aircar à la société Aéropass le 2 juin 2006 et que M. X… et vingt-et-un autres salariés ont saisi la juridiction prud’homale pour contester la validité de leur transfert, solliciter des dommages-intérêts et des indemnités de rupture de la société Aircar pour licenciement sans cause réelle et sérieuse et des rappels de salaire de la société Aéropass ;

 

 Sur le premier moyen :

 

 Vu l’article 1134 du code civil ;

 

 Attendu que pour débouter les salariés de leurs demandes d’indemnités de rupture et de dommages-intérêts à l’encontre de la société Aircar, la cour d’appel retient, par motifs propres et adoptés, que cette société a perdu le marché de transport de passagers abandonné par la société Air France, que la société Aéropass a repris le marché de transports de passagers sur l’aéroport de Roissy par cars tels qu’il était assuré par les salariés transférés, que les deux sociétés sont soumises à la même convention collective et donc au transfert de salariés en cas de transfert de marché, que le transfert des salariés a été fait dans les conditions d’application de l’accord professionnel de la convention collective du 18 avril 2002 en ses articles 28 et suivants qui n’imposent pas à l’employeur de recueillir l’accord exprès des salariés, que ces derniers ont accepté de fait la poursuite de leur contrat de travail en continuant leur activité, que leur contrat prévoyait une clause autorisant la substitution à leur employeur, de toute personne morale apparentée au même groupe de sociétés et que les salariés ne sont pas fondés à assimiler ce transfert conventionnel à une rupture illicite de leur contrat de travail imputable à la société Aircar alors que les contrats ont été transférés loyalement dans les conditions de la convention collective ;

 

 Qu’en statuant ainsi, alors, d’une part, que la clause de mobilité par laquelle le salarié lié par contrat de travail à une société s’est engagé à accepter toute mutation dans une autre société, alors même que cette société appartiendrait au même groupe est nulle, et d’autre part, que sauf application éventuelle de l’article L. 1224-1 du code du travail, le changement d’employeur prévu et organisé par voie conventionnelle suppose l’accord exprès du salarié, qui ne peut résulter de la seule poursuite de son contrat de travail sous une autre direction, en sorte qu’en imposant aux salariés la modification de leur contrat de travail, la société Aircar a mis fin au contrat qui les liait, la cour d’appel a violé le texte susvisé ;

 

 Et sur le cinquième moyen :

 

 Vu les articles L. 3121-1 et L. 3121-2 du code du travail ;

 

 Attendu que pour débouter MM. X… et Y… de leurs demandes de dommages-intérêts au titre du non-respect de leur temps de pause, les arrêts retiennent qu’il ressort des pièces produites que le salarié, dans l’amplitude horaire de travail qui lui est entièrement rémunérée à titre de travail effectif, a des temps de mission de conduite représentant en général de 3 à 4 heures de l’appel en rotation jusqu’à la fin de celle-ci tels que relatés dans les feuilles de route remplies quotidiennement par lui et qu’il reste entre-temps à disposition par appel radio avec faculté de repos dans un local où il peut se restaurer, qu’il en résulte qu’à l’intérieur de l’amplitude horaire telle qu’effectuée, le salarié bénéficie de temps effectifs de repos au moins égaux à 20 minutes à l’intérieur de l’amplitude horaire au-delà de 6 heures ainsi que retracé par les pièces et décomptes horaires d’intervention produits, ce qui correspond à des temps de pause, soit à des arrêts de travail sur les lieux de travail ou à proximité et qui sont rémunérés ;

 

 Qu’en se déterminant ainsi, sans rechercher si les salariés étaient durant les temps de pause à la disposition de leur employeur et devaient se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles, la cour d’appel a privé sa décision de base légale ;

 

 PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les deuxième, troisième et quatrième moyens :

 

 CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’ils ont débouté les salariés de leurs demandes de dommages-intérêts et d’indemnités de rupture dirigées contre la société Aircar et en ce qu’ils ont débouté MM. X… et Y… de leurs demandes de dommages-intérêts relatives au temps de pause, les arrêts rendus le 16 septembre 2014, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, sur ces points, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant lesdits arrêts et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris, autrement composée ;

 


 Président : M. Frouin

Rapporteur : M. Chauvet, conseiller

Avocat général : M. Petitprez

Avocat(s) : SCP Masse-Dessen, Thouvenin et Coudray ; SCP Célice, Blancpain, Soltner et Texidor