Arrêt n° 885 du 11 mai 2016 (15-60.171 ; 15-60.172) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2016:SO00885

Elections professionnelles

Cassation


Pourvois : n° 15-60.171 et 15-60.172

Demandeur(s) : le syndicat Union solidaire Sud commerces et services

Défendeur(s) : la société CMG sports club, et autres


Vu la connexité, joint les pourvois n° P 15-60.171 et Q 15-60.172 ;

 

 Sur le moyen unique commun aux pourvois :

 

 Vu les articles L. 2122-1, L. 2143-3, L. 2143-22 et L. 2324-2 du code du travail ;

 

 Attendu, selon les jugements attaqués, que, par lettres du 1er avril 2014, l’Union syndicale solidaire Sud commerces et services a désigné MM. X… et Y…, respectivement en qualité de délégué syndical et représentant syndical au comité d’entreprise au sein de l’unité économique et sociale (UES) Club Med Gym ; que, par requête du 17 avril 2014, les sociétés composant cette unité économique et sociale ont saisi le tribunal d’instance de demandes d’annulation de ces désignations ; que, par jugement du 19 décembre 2014, le tribunal a annulé les élections des membres du comité d’entreprise de l’UES ;

 

 Attendu que pour annuler les désignations, le tribunal énonce qu’il a effectivement été jugé que l’annulation des élections n’avait pas d’effet rétroactif, de sorte que le salarié dont l’élection est annulée ne perd pas le bénéfice de ses heures de délégation ou de sa protection et que ses actes demeurent valables, l’annulation ne produisant effet qu’à compter du jour d’annulation du jugement, qu’il est ainsi tenu compte d’un impératif de sécurité juridique et de protection effective du salarié qui ne saurait être remis en cause du fait de l’annulation de l’élection, qu’il apparaît toutefois que priver l’annulation des élections de tout effet rétroactif sur les désignations reviendrait à permettre, le cas échéant, le maintien d’un mandat de délégué syndical ou de représentant syndical dont le syndicat ne serait plus représentatif aux termes des nouvelles élections, et ce pour toute la durée du cycle électoral, alors que la représentativité mesurée par l’audience électorale fonde la légitimité de la désignation et est un principe d’ordre public, que l’annulation de la désignation est moins préjudiciable dans la mesure où, en fonction du résultat des nouvelles élections, le syndicat pourra procéder à une nouvelle désignation, étant rappelé que l’annulation de la désignation ne produit ses effets qu’à compter du jugement ;

 

 Qu’en statuant ainsi, alors que l’annulation des élections des membres du comité d’entreprise n’a pas d’effet rétroactif, de sorte que l’annulation des élections est sans incidence sur la régularité des désignations, en qualité de délégué syndical et de représentant syndical au comité d’entreprise, des salariés dont le mandat prend fin, en application des articles L. 2143-11 et L. 2324-2 du code du travail, lors des nouvelles élections renouvelant l’institution représentative du personnel, le tribunal a violé les textes susvisés ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 CASSE ET ANNULE, en toutes leurs dispositions, les jugements rendus le 13 avril 2015, entre les parties, par le tribunal d’instance de Boulogne-Billancourt ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant lesdit jugements et, pour être fait droit, les renvoie devant le tribunal d’instance d’Asnières-sur-Seine ;


 Président : M. Frouin

Rapporteur : Mme Salomon, conseiller référendaire

Avocat général : M. Boyer

Avocat(s) : SCP Célice, Blancpain, Soltner et Texidor