Arrêt n° 572 du 31 mars 2015 (13-25.436) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2015:SO00572

Travail règlementation, santé et sécurité

Cassation partielle


Demandeur(s) : la société Autoroute Paris-Rhin-Rhône, société anonyme

Défendeur(s) : M. Jean-Luc X..., et autre


Attendu, selon l’arrêt attaqué, que M. X… a été engagé par la société Autoroute Paris Rhin Rhône (APRR) en qualité d’ouvrier routier qualifié, à compter du 15 décembre 1986 ; qu’il a été mis à pied à titre conservatoire le 24 août 2011 et convoqué devant le conseil de discipline et à un entretien préalable en vue d’un éventuel licenciement ; qu’il a été licencié pour faute grave le 12 septembre suivant, notamment pour s’être trouvé en état d’imprégnation alcoolique sur son lieu de travail ;

 

 Sur le moyen unique du pourvoi incident du salarié qui est préalable :

 

 Attendu que le salarié fait grief à l’arrêt de le débouter de sa demande de nullité du licenciement et, en conséquence, de ses demandes de réintégration et de paiement des salaires qu’il aurait dû percevoir depuis la date de son éviction jusqu’à celle de sa réintégration, alors, selon le moyen, que le fait de soumettre un salarié à un contrôle d’alcoolémie en dehors du lieu de travail, en méconnaissance des modalités prescrites par le règlement intérieur de l’entreprise caractérise la violation d’une liberté fondamentale emportant nullité du licenciement ;

 

 Mais attendu que ne constitue pas une atteinte à une liberté fondamentale, le recours à un contrôle d’alcoolémie permettant de constater l’état d’ébriété d’un salarié au travail, dès lors qu’eu égard à la nature du travail confié à ce salarié, un tel état d’ébriété est de nature à exposer les personnes ou les biens à un danger, et que les modalités de ce contrôle, prévues au règlement intérieur, en permettent la contestation, peu important qu’il s’effectue, pour des raisons techniques, hors de l’entreprise ; que le moyen n’est pas fondé ;

 

 Mais sur le moyen unique du pourvoi principal de l’employeur, pris en sa première branche :

 

 Vu l’article 3 du règlement intérieur entré en vigueur le 27 novembre 2006 ;

 

 Attendu que pour dire le licenciement du salarié sans cause réelle et sérieuse, l’arrêt retient que, si de principe, rien n’interdit à l’employeur d’utiliser les résultats d’un contrôle d’alcoolémie à des fins disciplinaires, faut-il encore qu’il ne se le soit pas interdit et que le contrôle soit réalisé en conformité avec les prescriptions du règlement intérieur et qu’il résulte des dispositions combinées du règlement intérieur et de la charte du district de Dijon concernant la consommation d’alcool sur les lieux de travail que le contrôle d’alcoolémie a pour objet de faire cesser une situation dangereuse et non de faire constater une faute et que des « mesures » autres que celles prévues à la charte (une sanction) ne sont envisagées qu’en cas de récidive, que n’étant pas soutenu que l’épisode alcoolique présenté par le salarié le 23 août 2011 ait eu des précédents, il ne peut à lui seul justifier le licenciement du salarié, au regard des dispositions en vigueur au sein de l’entreprise ;

 

 Qu’en statuant ainsi, alors que le règlement intérieur entré en vigueur le 27 novembre 2006 permettait à l’employeur d’opérer des contrôles de l’état d’imprégnation alcoolique de certaines catégories particulières de salariés auxquelles appartenait l’intéressé et qui, en raison de la nature de leurs fonctions, pouvaient exposer les personnes ou les biens à un danger, peu important l’existence d’une « charte d’entreprise », entrée en vigueur en décembre 1997, et ayant pour seul objet de prévenir l’alcoolisation sur les lieux de travail de l’ensemble du personnel et de définir les mesures immédiates à prendre en cas d’imprégnation aigüe et occasionnelle de certains, la cour d’appel a violé le texte susvisé ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il dit le licenciement de M. X… sans cause réelle et sérieuse, condamne la société APRR à lui payer 5 908 euros à titre d’indemnité représentative de préavis, 590,80 euros au titre des congés afférents, 23 632 euros brut à titre d’indemnité conventionnelle de licenciement, et 30 000 euros à titre de dommages-intérêts, et ordonne le remboursement par l’employeur à Pôle emploi des indemnités de chômage perçues par M. X… dans la limite de six mois, l’arrêt rendu le 19 septembre 2013, entre les parties, par la cour d’appel de Dijon ; remet, en conséquence, sur ces points, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Besançon ;

 


 Président : M. Frouin

Rapporteur : Mme Lambremon, conseiller

Avocat général : M. Finielz, premier avocat général

Avocat(s) : Me Bouthors ; SCP Meier-Bourdeau et Lécuyer