Arrêt n° 1700 du 24 septembre 2014 (12-28.664) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2014:SO01700

Travail règlementation, durée du travail

Cassation


Demandeur(s) : M. Pierre X...

Défendeur(s) : l’ Association pour la formation professionnelle des adultes (AFPA)


Attendu, selon l’arrêt attaqué, rendu sur renvoi après cassation (Soc., 14 décembre 2010, pourvoi n° 09-42.696), que M. X… a été engagé par l’Association nationale pour la formation professionnelle des adultes (AFPA) en qualité d’enseignant en technique de maintenance en électricité et automatismes industriels le 20 février 1989 ; qu’il est devenu formateur itinérant à compter du 1er mars 1993 ; qu’il a saisi la juridiction prud’homale d’une demande de paiement d’heures supplémentaires et de repos compensateur correspondant aux temps de trajet effectués pour se rendre sur ses différents lieux de missions ;

 

 Sur le moyen unique du pourvoi principal du salarié :

 

 Vu l’article L. 212-4, devenu L. 3121-1 du code du travail dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2005-32 du 18 janvier 2005 ;

 

 Attendu que lorsque le temps de trajet entre le domicile du salarié et son lieu de travail dépasse le temps normal du trajet d’un travailleur se rendant de son domicile à son lieu habituel de travail ce temps de déplacement excédentaire, qui constitue du temps de travail effectif, s’apprécie mission par mission lorsque celle-ci dépasse une journée et que le salarié ne regagne pas son domicile chaque jour ;

 

 Attendu que pour limiter à une certaine somme la condamnation de l’employeur sur la demande du salarié en paiement du temps de déplacement de son domicile à ses lieux de missions successifs comme constituant pour partie du temps de travail effectif, l’arrêt retient qu’il n’est pas sérieusement contesté que le temps mis par le salarié pour se rendre de son domicile à chacun des lieux, répartis dans la France entière, où il devait dispenser ses enseignements, de même que le trajet retour correspondant, excédait très souvent 30 minutes ; qu’il convient également de retenir que, arrivé sur son lieu de mission le plus souvent en début de semaine et y restant le plus souvent jusqu’à la fin de la même semaine, il n’avait plus de trajet quotidien à effectuer puisqu’il avait tout loisir une fois sur place de s’installer à proximité immédiate du centre AFPA local où il était amené à intervenir, sauf à démontrer au cas par cas que cela n’était pas possible ; que, pour fixer le temps de trajet hebdomadaire surpassant celui supporté par un travailleur type, cette part excédentaire ayant seule vocation à représenter un travail effectif, il convient de défalquer non pas simplement 30 minutes au titre du déplacement depuis le domicile au lieu de mission et 30 minutes au titre du déplacement inverse, comme le soutient le salarié, mais 5 heures par semaine à l’instar du modèle de référence ;

 

 Qu’en statuant ainsi, en retenant le temps de déplacement théorique correspondant à cinq allers retours d’un travailleur type, alors qu’elle avait constaté que le salarié n’effectuait le déplacement entre le domicile et le lieu de travail et retour qu’une fois par semaine, la cour d’appel, qui n’a pas tiré les conséquences de ses propres constatations, a ainsi violé le texte susvisé ;

 

 Et sur le moyen unique du pourvoi incident de l‘employeur :

 

 Vu l’article L. 212-5, alinéa 1-I et II, devenu L. 3121-22 du code du travail ;

 

 Attendu que pour faire droit pour partie à cette même demande l’arrêt retient que, pour la période antérieure au 1er avril 2000, l’AFPA soutient à tort que les éventuelles heures excédentaires intervenaient au cours d’une période déjà rémunérée en temps de travail, lequel était alors hebdomadairement fixé à 39 heures ; que la répartition de ce temps de travail convenu à cette époque entre les parties et les ordres de mission signés par l’AFPA permettant un départ de l’établissement le vendredi à 12 heures infirment cette thèse, qui ne peut donc être retenue ;

 

 Qu’en statuant ainsi par des motifs inopérants, sans vérifier si le temps de déplacement du salarié constituait des heures supplémentaires effectuées au-delà de la durée hebdomadaire conventionnelle de 39 heures de travail, la cour d’appel a violé le texte susvisé ;

 

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 11 octobre 2012, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Versailles ;

 

 


Président : M. Bailly, conseiller doyen faisant fonction de président

Rapporteur : M. Ballouhey, conseiller

Avocat général : M. Richard de la Tour

Avocat(s) : Me Haas ; SCP Gatineau et Fattaccini