Arrêt n° 1818 du 4 juillet 2012 (11-30.266) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2012:SO01818

Contrat de travail, exécution

Cassation


Demandeur(s) : Mme Christine X...

Défendeur(s) : la société La Poste, société anonyme


Sur le moyen unique :

 

 Vu l’article 9 du code de procédure civile ;

 

 Attendu, selon l’arrêt attaqué, que Mme X…, employée depuis le 6 août 2001 par la Poste en qualité d’agent de tri-collecte puis de factrice, a été licenciée pour faute grave le 28 avril 2009 pour avoir ouvert une lettre ; qu’elle a saisi la juridiction prud’homale d’une demande de paiement des indemnités de rupture conventionnelles et d’une indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse ;

 

 Attendu que pour débouter la salariée de sa demande, l’arrêt énonce que la Poste, chargée d’une mission de service public, étant tenue de garantir aux usagers le secret et l’intégrité des correspondances confiées, le nombre accru de signalisations relatives à des lettres ouvertes dans le centre dont dépendait la salariée justifiait l’introduction de lettres dites "festives" dans sa tournée, lettres ayant la particularité de diffuser une encre bleue si elles sont ouvertes, afin de mettre fin à des agissements frauduleux ; que ces lettres banalisées ne constituent pas un procédé de surveillance destiné à collecter des informations sur les salariés mais ont vocation à être traitées de la même façon que les autres correspondances et qu’il n’y a donc ni stratagème ni provocation à commettre une infraction, ni utilisation d’un procédé déloyal par l’employeur ;

 

 Attendu cependant que si l’employeur a le pouvoir de contrôler et de surveiller l’activité de son personnel pendant le temps de travail, il ne peut mettre en oeuvre un dispositif de contrôle clandestin et à ce titre déloyal ;

 

 Qu’en statuant comme elle a fait, alors que l’utilisation de lettres piégées à l’insu du personnel constitue un stratagème rendant illicite le moyen de preuve obtenu, la cour d’appel a violé le texte susvisé ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 15 mars 2011, entre les parties, par la cour d’appel de Chambéry ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Lyon ;

 


Président : M. Lacabarats

Rapporteur : Mme Grivel, conseiller référendaire

Avocat général : M. Lalande

Avocat(s) : SCP Hémery et Thomas-Raquin ; SCP Boré et Salve de Bruneton