Arrêt n° 177 du 11 janvier 2012 (10-28.213) - Cour de cassation - Chambre sociale

Contrat de travail, rupture

Rejet


Demandeur(s) : la société Bessière frères, exerçant sous l’enseigne "La Côte Vermeille", société à responsabilité limitée

Défendeur(s) : M. Alister X...


Sur le moyen unique :

 

 Attendu, selon l’arrêt attaqué (Montpellier, 27 octobre 2010), que M. X…, engagé le 1er août 2002 par la société Bessière frères qui exploite un restaurant, d’abord par contrat d’apprentissage puis par contrat à durée indéterminée en qualité de chef de rang, a été licencié, le 29 mai 2007, pour avoir refusé d’ôter pendant le service les boucles d’oreilles qu’il portait depuis le 14 avril précédent ; qu’il a saisi la juridiction prud’homale pour contester la licéité de son licenciement ;

 

 Attendu que la société fait grief à l’arrêt de dire le licenciement nul et de nul effet et de le condamner à lui payer une somme à titre de dommages et intérêts alors, selon le moyen, que ne constitue pas une discrimination le pouvoir de l’employeur d’imposer à un salarié des contraintes vestimentaires si elles sont justifiées par la nature des tâches à accomplir et proportionnées au but recherché ; qu’en l’espèce, l’employeur faisait valoir que son restaurant gastronomique recevait une clientèle attirée par sa réputation de marque, laquelle impose une tenue sobre du personnel en salle ; que le salarié, serveur dans ce restaurant, était au contact direct de cette clientèle et qu’ainsi le port de boucles d’oreilles pendant la durée du service était incompatible avec ses fonctions et ses conditions de travail ; qu’en affirmant que ce simple exercice, dans les conditions légales, du pouvoir de direction par l’employeur constituait une discrimination, la cour d’appel a violé ensemble les dispositions des articles L.1121-1 et L.1132-1 du code du travail ;

 

 Mais attendu qu’ayant rappelé qu’en vertu de l’article L. 1132-1 du code du travail, aucun salarié ne peut être licencié en raison de son sexe ou de son apparence physique, la cour d’appel a relevé que le licenciement avait été prononcé au motif, énoncé dans la lettre de licenciement que “votre statut au service de la clientèle ne nous permettait pas de tolérer le port de boucles d’oreilles sur l’homme que vous êtes”, ce dont il résultait qu’il avait pour cause l’apparence physique du salarié rapportée à son sexe ; qu’ayant constaté que l’employeur ne justifiait pas sa décision de lui imposer d’enlever ses boucles d’oreilles par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination, elle a pu en déduire que le licenciement reposait sur un motif discriminatoire ; que le moyen, inopérant en ce qu’il se fonde sur l’article L. 1121-1 du code du travail dont la cour d’appel n’a pas fait application, n’est pas fondé ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 REJETTE le pourvoi ;

 


Président : M. Lacabarats

Rapporteur : M. Frouin, conseiller

Avocat général : M. Aldigé

Avocat(s) : SCP Fabiani et Luc-Thaler ; Me Balat