Arrêt n° 1849 du 28 septembre 2011 (10-19.113) - Cour de cassation - Chambre sociale

Syndicat professionnel

Rejet


Demandeur(s) : le Syndicat national des praticiens de la mutualité agricole (SNPMA), et autres

Défendeur(s) : la mutualité sociale agricole (MSA) de Maine-et-Loire, et autres



Sur le moyen unique :

 

 Attendu, selon le jugement attaqué (tribunal d’instance d’Angers, 1er juin 2010), que par lettre reçue le 20 avril 2010, le Syndicat national des praticiens de la mutualité agricole (SNPMA) a désigné M. Y… et Mme X… en qualité de délégués syndicaux, titulaire et suppléant, au sein de la mutualité sociale agricole de Maine-et-Loire (MSA) ; qu’invoquant l’absence de représentativité du SNPMA compte tenu de l’audience électorale obtenue lors des dernières élections, la MSA a contesté les deux désignations ; que le tribunal d’instance ayant annulé les désignations, le SNPMA a formé un pourvoi sur cette décision et déposé dans le même temps un mémoire spécial soulevant le caractère inconstitutionnel des articles L. 2121-1, L. 2122-1 et L. 2143-3 du code du travail ; que par sa décision 2010-63/64/65 QPC du 12 novembre 2010, le Conseil constitutionnel a dit que ces dispositions n’étaient pas contraires à la Constitution ;

 

 Attendu que le SNPMA fait grief au jugement d’annuler les désignations de M. Y… et de Mme X… alors, selon le moyen que :

 

 1°/ un syndicat catégoriel est en droit de désigner un délégué syndical dès lors qu’il a obtenu au moins 10 % des suffrages exprimés lors du premier tour des élections professionnelles au sein du collège dans lequel son statut lui donne vocation à présenter des candidats, peu important son affiliation à une confédération syndicale catégorielle interprofessionnelle ; qu’en déniant au syndicat SNPMA, syndicat catégoriel, le droit de désigner un délégué syndical au seul motif que n’étant pas affilié à une confédération syndicale catégorielle interprofessionnelle, son audience devait être mesurée non pas dans le troisième collège mais tous collèges confondus dans lesquels il n’a pas recueilli 10 % des suffrages exprimés, le tribunal d’instance a violé les articles L. 2122-2 et L. 2143-3 du code du travail ;

 

 2°/ le SNPMA ayant recueilli plus de 10 % des suffrages au sein du troisième collège électoral dans lequel il a vocation à présenter des candidats et le procès-verbal de l’élection des membres du comité d’entreprise établissant que les docteurs Y… et X…, candidats de la liste SNPMA dans ledit collège, ont obtenu respectivement dix-sept et seize voix sur quatre vingt-quatre suffrages valablement exprimés, le tribunal d’instance ne pouvait annuler les désignations de ces candidats en qualité de délégué syndical titulaire et de délégué syndical suppléant sans s’expliquer sur les résultats obtenus par le SNPMA au sein du troisième collège dont il ressort que le SNPMA a satisfait à la condition de l’audience électorale exigée d’un syndicat catégoriel, que le tribunal d’instance a privé sa décision de base légale au regard des articles L. 2122-2 et L. 2143-3 du code du travail ;

 

 3°/ en tout état de cause qu’en conditionnant la mesure de l’audience électorale du syndicat catégoriel SNPMA au sein du troisième collège à son affiliation à une confédération syndicale catégorielle interprofessionnelle, et en considérant que faute de remplir cette condition d’affiliation, son audience électorale doit être mesurée tous collèges confondus pour désigner un délégué syndical, ce qui a pour effet de pénaliser un syndicat catégoriel non affilié, de porter atteinte à la liberté d’un syndicat d’adhérer ou non à une autre organisation syndicale et à l’égalité entre syndicats catégoriels en fonction de leur affiliation ou non à une confédération syndicale catégorielle interprofessionnelle, le tribunal d’instance a violé ensemble les articles 5 de la convention n° 135 de l’OIT, 11 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de "homme et des libertés fondamentales, 5 et 6 de la Charte sociale européenne, 6 et 8 du Préambule de la constitution du 27 octobre 1946, L. 2122- 1, L. 2122-2 et L. 2143-3 du code du travail ;

 

 4°/ l’obligation d’adhésion précitée devant être déclarée contraire à la Constitution, le jugement attaqué devra être annulé par voie de conséquence de cette déclaration d’inconstitutionnalité ;

 

 Mais attendu que, selon qu’elles sont ou non affiliées à une confédération catégorielle nationale, les organisations syndicales catégorielles ne se trouvent pas dans la même situation ; que dès lors, les dispositions des articles L. 2121-1, L. 2122-1 et L. 2143-3 du code du travail, en ce qu’elles réservent aux organisations syndicales catégorielles affiliées à une confédération syndicale catégorielle interprofessionnelle nationale certaines modalités d’appréciation de la représentativité, ne méconnaissent aucune des normes européennes ou internationales visées au moyen ;

 

 Que le moyen n’est pas fondé ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 REJETTE le pourvoi ;

 


Président : Mme Collomp

Rapporteur : Mme Pécaut-Rivolier, conseiller référendaire

Avocat général : M. Lalande

Avocat(s) : SCP Waquet, Farge et Hazan ; SCP Célice, Blancpain et Soltner