Arrêt n° 285 du 26 janvier 2011 (09-68.544) - Cour de cassation - Chambre sociale

Contrat de travail, exécution

Cassation partielle sans renvoi

 

 


 

Demandeur(s) : la société Starcolor, société par actions simplifiée

Défendeur(s) : M. P... X...

 


 

Sur le moyen unique, pris en ses trois premières branches :

 

Attendu, selon l’arrêt attaqué, que M. X… a été engagé le 26 février 1990 par la société Starcolor en qualité de délégué commercial et responsable d’agence ; que le 9 avril 1998, alors qu’il se trouvait en déplacement professionnel à la Guadeloupe, le salarié a été victime d’un accident du travail entraînant une incapacité permanente partielle de 70 % ; qu’après avoir échangé plusieurs courriers, le salarié a informé son employeur par lettre recommandée du 13 mars 2007 de ce qu’il avait "pris rendez-vous à la sécurité sociale de la médecine du travail" pour y être examiné ; que le 15 mars 2007, le médecin du travail a avisé l’employeur de l’inaptitude définitive du salarié à tout poste dans l’entreprise en indiquant “Procédure en une visite (article R. 241-51-1)” ; qu’après avoir convoqué le salarié à un entretien préalable fixé au 4 mai 2009, l’employeur n’a pas donné suite à sa procédure ; que le salarié a saisi la juridiction prud’homale de diverses demandes tendant notamment à la rupture du contrat de travail et au paiement de diverses sommes ;

 

Attendu que l’employeur fait grief à l’arrêt de prononcer la rupture du contrat de travail et de le condamner à payer à M. X… diverses sommes à titre de salaire, de dommages-intérêts, d’indemnité compensatrice et d’indemnité spéciale de licenciement, alors, selon le moyen :

 

1°/ que l’examen de reprise effectué à l’initiative du salarié ne peut être qualifié de visite de reprise que si l’employeur en a préalablement été avisé ; qu’en se bornant à affirmer que la visite de reprise du 15 mars 2007 à l’initiative du salarié "entre indéniablement dans les prévisions des articles R. 4624-21 et R. 4624-22 du code du travail (…) et a déclenché les obligations de l’employeur telles que prévues aux articles L. 1226-10 et suivants de ce code" sans à aucun moment constater que le salarié avait averti préalablement l’employeur de son initiative de saisir le médecin du travail aux fins d’examen dans le cadre d’une visite de reprise, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard des articles R. 4624-21 et R. 4624-22 du code du travail ;

2°/ que seul l’examen pratiqué par le médecin du travail dont doit bénéficier le salarié à l’issue des périodes de suspension lors de la reprise du travail met fin à la période de suspension du contrat de travail provoqué par l’accident du travail et constitue la visite de reprise prévue aux articles R. 4624-21 et R. 4624-22 du code du travail ; qu’en qualifiant péremptoirement d’examen de reprise la visite médicale du 15 mars 2007 sans s’expliquer sur le fait que le salarié n’avait jamais demandé à reprendre son travail ni repris celui-ci, de sorte que la visite intervenue avant toute reprise constituait seulement une visite de pré-reprise, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard des articles R. 4624-21 et R. 4624-22 du code du travail ;

3°/ que pour produire les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse, les manquements de l’employeur à ses obligations légales doivent être graves et délibérés ; que le manquement de l’employeur qui procède d’une divergence d’interprétation et non d’une volonté délibérée de se soustraire à ses obligations n’est pas suffisamment grave pour lui rendre la rupture imputable ; qu’en l’espèce, c’est seulement après avoir tranché le litige sur la qualification de la visite médicale du 15 mars 2007 et qualifié cet examen de “visite de reprise” déclenchant les obligations légales de l’employeur, que la cour d’appel a jugé que le manquement de l’employeur à son obligation de diligenter la procédure de licenciement ou de reprendre le paiement des salaires après une telle visite constituait une rupture du contrat de travail s’analysant en un licenciement ; qu’en se déterminant ainsi lorsqu’il résultait de ses constatations que ces manquements ne résultaient pas d’une volonté délibérée de l’employeur de se soustraire à ses obligations mais de sa contestation sur la qualification de la visite litigieuse, la cour d’appel a violé l’article L. 1226-11 du code du travail ;

Mais attendu, d’abord, qu’après avoir exactement rappelé que la visite de reprise, dont l’initiative appartient normalement à l’employeur, peut être sollicitée par le salarié auprès du médecin du travail en avertissant l’employeur de cette demande, la cour d’appel, ayant relevé, par motifs propres et adoptés , que le médecin du travail avait , le 15 mars 2007, rendu un avis d’inaptitude totale et définitive en visant l’ existence d’ un danger immédiat et l’article R. 241-51-1 du code du travail lui permettant de déclarer l’inaptitude du salarié après un seul examen, a pu déduire de ses énonciations que cet examen correspondait à une visite de reprise ;

 

Attendu, ensuite, qu’ayant constaté que l’employeur n’avait procédé à l’issue du délai d’un mois à compter de la date de l’examen médical de reprise ni au reclassement du salarié, ni à son licenciement ni au paiement des rémunérations échues à partir du 16 avril 2007, elle a souverainement apprécié la réalité et la gravité des manquements de l’employeur à ses obligations ;

 

D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;

 

Mais sur le même moyen, pris en sa quatrième branche :

 

Vu les articles L. 1226- 10, L. 1226- 14, L. 1234-1 et L. 1234-5 du code du travail ;

 

Attendu qu’il résulte de ces textes que l’employeur est tenu de verser au salarié, déclaré par le médecin du travail inapte à reprendre, à l’issue des périodes de suspension provoquées par un accident du travail ou une maladie professionnelle, l’emploi occupé précédemment, et dont le contrat de travail a été rompu, une indemnité compensatrice d’un montant égal à celui de l’indemnité prévue à l’article L. 1234-1 du code du travail et non à celui prévu par la convention collective ;

 

Attendu que la cour d’appel a alloué à M. X… une indemnité compensatrice de 29 528,68 euros au regard de la convention collective nationale des industries chimiques applicable en l’espèce et prévoyant pour un salarié au coefficient 190 handicapé à la suite d’un accident du travail un préavis de quatre mois ;

 

Qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;

 

Et attendu qu’en vertu de l’article 627, alinéa 2, du code de procédure civile, la Cour de cassation est en mesure, en cassant sans renvoi, de mettre fin au litige par application de la règle de droit appropriée ;

 

PAR CES MOTIFS :

 

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il condamne la société Starcolor à payer à M. X… la somme de 29 528,68 euros au titre de l’indemnité compensatrice dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 2 juin 2009, entre les parties, par la cour d’appel d’Agen ;

 

DIT n’y avoir lieu à renvoi du chef de la cassation ;

 


 

Président : M. Trédez, conseiller le plus ancien faisant fonction de président

Rapporteur : M. Trédez, conseiller le plus ancien faisant fonction de rapporteur

Avocat général : M. Lalande

Avocat(s) : SCP Gatineau et Fattaccini