Arrêt n° 1926 du 13 octobre 2010 (09-13.110) - Cour de cassation - Chambre sociale

Statut collectif du travail

Cassation

 

 


 

Demandeur(s) : le syndicat Union nationale des syndicats CGT Cegelec et filiales

Défendeur(s) : la société Cegelec Paris, société anonyme, et autres

 


 

Attendu, selon l’arrêt attaqué, que plusieurs sociétés Cegelec, issues de restructurations du groupe Alcatel et Alsthom, ont constitué l’unité économique et sociale (l’UES) Cegelec ; que des usages en matière sociale ont été maintenus au sein de l’unité économique et sociale, et notamment la gratification d’ancienneté dite "Alcaltel" ; que pour bénéficier de cette gratification, les anciens salariés d’Alcatel devaient remplir deux conditions cumulatives, avoir vingt-cinq ou trente-huit ans de service ininterrompu dans le groupe et être présents dans l’entreprise au 31 décembre de l’année d’attribution, le paiement de la prime intervenant au cours de l’année suivant celle y ouvrant droit ; que, par lettre du 31 août 2004, l’UES Cegelec a informé les membres du comité central d’entreprise et les représentants syndicaux de sa décision de dénoncer l’usage que constitue l’attribution des gratifications d’ancienneté "Alcatel" et de ne plus l’appliquer à compter du 1er janvier 2006 ; que, contestant la validité de la dénonciation de l’usage, le syndicat Union nationale des syndicats CGT Cegelec et filiales a saisi le tribunal de grande d’instance ;

 

Sur le second moyen :

 

Attendu que le syndicat fait grief à l’arrêt de l’avoir débouté de sa demande tendant à voir déclarer sans effet la dénonciation par l’unité économique et sociale Cegelec de la gratification d’ancienneté des vingt-cinq et trente-huit ans d’ancienneté au profit des salariés issus du groupe Alcatel, à ce qu’en outre les sociétés de l’unité économique et sociale Cegelec soient condamnées au maintien de la gratification et au versement sous astreinte des rappels de gratification aux salariés concernés, alors, selon le moyen :

 

1°/ que les comités d’établissement ont les mêmes attributions que les comités d’entreprise dans la limite des pouvoirs confiés aux chefs de ces établissements ; que dès lors que le chef d’établissement prend des décisions particulières en sa qualité d’employeur quant à la mise en oeuvre d’un usage d’entreprise relatif à une gratification d’ancienneté, il doit en informer le comité d’établissement dans un délai suffisant pour permettre d’éventuelles négociations ; qu’en décidant le contraire aux motifs inopérants qu’en l’espèce, l’attribution des primes n’impliquait aucune intervention de la part des chefs des différents établissements dès lors que les conditions et les modalités de calcul étaient les mêmes pour l’ensemble des salariés de PUES dépendant auparavant du groupe Alcatel, la cour d’appel a violé, par refus d’application, les dispositions de l’article L. 2327-15 du code du travail, ensemble l’article 1134 du code civil ;

2°/ qu’en toute hypothèse, les comités d’établissement ont les mêmes attributions que les comités d’entreprise dans la limite des pouvoirs confiés aux chefs de ces établissements ; que dès lors que le chef d’établissement prend des décisions particulières en sa qualité d’employeur quant à la mise en oeuvre d’un usage d’entreprise relatif à une gratification d’ancienneté, il doit en informer le comité d’établissement dans un délai suffisant pour permettre d’éventuelles négociations ; qu’en s’abstenant de vérifier si le versement des primes à chaque salarié ne nécessitait pas des décisions particulières de la part des chefs d’établissement dès lors qu’il s’agissait d’un avantage individuel mis en oeuvre par des décisions de versement individuelles prises au niveau de chaque établissement, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard des dispositions précitées de l’article L. 2327-15 du code du travail, ensemble l’article 1134 du code civil ;

Mais attendu qu’ayant relevé que l’usage en cause était d’application générale, soumis aux mêmes conditions et modalités de calcul pour l’ensemble des salariés employés au sein de l’UES Cegelec et n’impliquait pour l’attribution de la prime aux salariés aucune intervention de la part des chefs d’établissement, la cour d’appel, qui a fait ressortir que sa dénonciation procédait d’une décision de la direction générale et ne nécessitait pas pour sa mise en oeuvre de décisions particulières de la part des chefs d’établissement, a décidé à bon droit que la mesure relevait de la compétence consultative du comité central d’entreprise et qu’il n’y avait pas lieu à consultation des comités d’établissement ; que le moyen n’est pas fondé ;

 

Mais sur le premier moyen :

 

Vu l’article 1134 du code civil, ensemble les règles régissant la dénonciation des usages d’entreprise et engagements unilatéraux de l’employeur ;

 

Attendu que la dénonciation par l’employeur d’un usage doit, pour être régulière, être précédée d’un préavis suffisant pour permettre des négociations et être notifiée aux représentants du personnel et à tous les salariés individuellement s’il s’agit d’une disposition qui leur profite ou, s’agissant d’un usage dont le bénéfice est subordonné à une condition d’ancienneté dans l’entreprise, qui est susceptible de leur profiter ;

 

Attendu que pour débouter le syndicat de sa demande tendant à voir déclarer sans effet la dénonciation par l’unité économique et sociale Cegelec de la gratification d’ancienneté des vingt-cinq et trente-huit ans d’ancienneté au profit des salariés issus du groupe Alcatel, à ce qu’en outre les sociétés de l’unité économique et sociale Cegelec soient condamnées au maintien de la gratification et au versement sous astreinte des rappels de gratification aux salariés concernés, l’arrêt retient qu’il est de jurisprudence constante que la décision de dénonciation d’un usage obligatoire dans l’entreprise doit être précédée d’une information donnée aux intéressés et aux institutions représentatives du personnel dans un délai permettant d’éventuelles négociations, que les sociétés Cegelec devaient informer par lettre chaque salarié concerné par l’avantage supprimé, que cependant cette obligation d’information ne s’imposait qu’à l’égard des salariés qui justifiaient, à la date de la suppression de l’usage, d’une ancienneté de vingt-cinq ou trente-huit ans dans l’entreprise et de leur présence au 31 décembre 2005, que dès lors que les sociétés de l’UES Cegelec qui entendaient dénoncer à compter de janvier 2006 ont maintenu pour les salariés ayant acquis les conditions d’ancienneté au 31 décembre 2005 le paiement de la prime au début de l’année 2006, elles ont respecté leur obligation de ce chef puisqu’elles n’étaient tenues qu’à l’égard des salariés bénéficiant de l’usage au moment de la dénonciation et que les droits de ces derniers n’ont pas été remis en cause ; que les pièces versées aux débats par l’intimé ne concernent que des salariés qui ne pouvaient prétendre au paiement de la prime d’ancienneté au moment de la dénonciation, que la condition d’information individuelle des salariés a été en l’espèce respectée ;

 

Qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a violé le texte et les règles susvisées ;

 

PAR CES MOTIFS :

 

CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 29 janvier 2009, entre les parties, par la cour d’appel de Versailles ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Versailles, autrement composée ;

 


 

Président : Mme Collomp

Rapporteur : M. Frouin, conseiller

Avocat général : M. Lacan

Avocat(s) : SCP Lyon-Caen, Fabiani et Thiriez ; SCP Roger et Sevaux