Arrêt n°801 du 2 décembre 2020 (18-25.559) - Cour de cassation - Chambre commerciale, financière et économique - ECLI:FR:CCASS:2020:CO00801

Impôts et taxes

Rejet

Sommaire :
Selon l’article 726, I, 2° du code général des impôts, (dans sa rédaction issue de la loi du 30 décembre 2009), est à prépondérance immobilière la personne morale, quelle que soit sa nationalité, dont les droits sociaux ne sont pas négociés sur un marché réglementé d’instruments financiers et dont l’actif est principalement constitué d’immeubles ou de droits immobiliers situés en France.

Ce texte ne mentionnant que les immeubles et droits réels immobiliers, sans viser les immeubles par destination, c’est à bon droit qu’une cour d’appel retient que ces derniers ne peuvent être pris en compte pour déterminer si, au sens de l’article 726, I, 2°, susvisé, une personne morale est à prépondérance immobilière.


Demandeur(s) : Le directeur départemental des finances publiques du Pas-de-Calais

Défendeur(s) : la société Etablissement Bernard Escande et cie



Faits et procédure


1. Selon l’arrêt attaqué (Toulouse, 23 avril 2018), par acte sous seing privé en date du 29 novembre 2010, la société Etablissement Bernard Escande et cie (la société Bernard Escande) a acquis les actions composant le capital de la SAS Société hydroélectrique de la Houille blanche, qui exploite une centrale hydroélectrique.

2. Cette mutation a été taxée au taux de 1,10 % prévu au 1° de l’article 726, I, du code général des impôts, plafonné à un certain montant.

3. Par une proposition de rectification du 1er août 2011, l’administration fiscale a considéré que, eu égard à la valeur des installations dédiées à l’exploitation, qui ont la nature d’immeubles par destination, cette cession devait être soumise au droit d’enregistrement au taux de 5 % applicable aux cessions de participations dans des personnes morales à prépondérance immobilière, conformément aux dispositions de l’article 726, I, 2°, du code général des impôts.

4. Après examen du litige par la commission départementale de conciliation, qui a donné un avis favorable sur la prépondérance immobilière de la société cédée, l’administration fiscale a émis un avis de recouvrement des droits supplémentaires réclamés.

5. La société Bernard Escande a contesté ces impositions par une réclamation qui a été rejetée le 27 avril 2015.

6. La société Bernard Escande a assigné l’administration fiscale en annulation de cette décision et en dégrèvement des droits et pénalités perçus.



Examen du moyen


Enoncé du moyen

7. Le directeur départemental des finances publiques du Pas-de-Calais fait grief à l’arrêt de déclarer non fondée et d’annuler la décision de rejet du 27 avril 2015, alors « que l’article 726.-I. du C.G.I. prévoit en son 2 ° que les cessions de droits sociaux sont soumises à un droit d’enregistrement dont le taux est fixé à 5 % pour les cessions de participations dans des personnes morales à prépondérance immobilière ; que s’agissant de la notion de "prépondérance immobilière", le même article précise qu’"est à prépondérance immobilière la personne morale (...) dont l’actif est, ou a été au cours de l’année précédant la cession des participations en cause, principalement constitué d’immeubles ou de droits immobiliers situés en France ou de participations dans des personnes morales (...) elles-mêmes à prépondérance immobilière" ; que l’article 726 du C.G.I. se réfère ainsi à la notion d’"immeubles ou de droits immobiliers", sans autre précision, pour apprécier la prépondérance immobilière ; qu’en pareil cas, à défaut de dispositions spécifiques relatives à la notion d’"immeubles ou de droits immobiliers", le caractère des biens doit nécessairement être déterminé selon les règles du droit civil ; qu’il résulte à cet égard des dispositions de l’article 517 du code civil que "les biens sont immeubles, ou par leur nature, ou par leur destination, ou par l’objet auxquels ils s’appliquent" ; que l’article 524 du même code précise par ailleurs que "les animaux et les objets que le propriétaire d’un fonds y a placé pour le service et l’exploitation de ce fonds sont immeubles par destination" et que sont notamment immeubles par destination "tous effets mobiliers que le propriétaire a attachés au fonds à perpétuelle demeure" ; que la notion d’immeuble, telle qu’elle résulte des dispositions du code civil, englobe ainsi les immeubles par nature comme les immeubles par destination, de sorte que le tarif immobilier a vocation à s’appliquer aux ventes d’immeubles par nature, aux ventes d’immeubles par destination et aux ventes d’immeubles par l’objet auxquels ils s’appliquent ; que pour l’appréciation de la prépondérance immobilière au sens des dispositions de l’article 726 du C.G.I., la notion d’immeubles et de droits immobiliers s’entend donc nécessairement de l’ensemble des immeubles, qu’il s’agisse d’immeubles par nature ou d’immeubles par destination ; qu’en jugeant le contraire, en retenant en particulier, par motifs propres et adoptés, que "le texte [de l’article] 726 du C.G.I. ne mentionne que les immeubles et droits réels immobiliers et non les immeubles par destination", de sorte que "ceux-ci ne peuvent y être inclus par référence aux dispositions du code civil", la cour d’appel de Toulouse a nécessairement violé les dispositions de l’article 726.-I. 2° du C.G.I. ainsi que celles des articles 517 et 524 du code civil. »

Réponse de la Cour

8. Selon l’article 726, I, 2°, du code général des impôts, dans sa rédaction issue de la loi du 30 décembre 2009, est à prépondérance immobilière la personne morale, quelle que soit sa nationalité, dont les droits sociaux ne sont pas négociés sur un marché réglementé d’instruments financiers et dont l’actif est principalement constitué d’immeubles ou de droits immobiliers situés en France.

9. Ce texte ne mentionnant que les immeubles et droits réels immobiliers, sans viser les immeubles par destination, c’est à bon droit que la cour d’appel a retenu que ces derniers ne peuvent être pris en compte pour déterminer si, au sens de l’article 726, I, 2°, susvisé, une personne morale est à prépondérance immobilière.

10. Le moyen n’est donc pas fondé.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;

Condamne le directeur départemental des finances publiques du Pas-de-Calais aux dépens ;


Président : Mme Mouillard
Rapporteur : M. Ponsot, conseiller

Avocat général : M. Debacq
Avocat(s) : SCP Foussard et Froger - SCP de Chaisemartin, Doumic-Seiller