Arrêt n° 272 du 13 mars 2019 (17-13.305) - Cour de cassation – Chambre commerciale - ECLI:FR:CCASS:2019:CO00272

Impôts et taxes

Cassation

Sommaire :
En application des dispositions de l’article 768 du code général des impôts et de l’article 885 E du même code, pour être déductible de l’assiette de l’impôt de solidarité sur la fortune, une dette doit être certaine au jour du fait générateur de l’impôt, soit au 1er janvier de l’année d’imposition, et une dette, incertaine du fait d’une contestation, est rétroactivement déductible pour le montant ultérieurement arrêté par la décision mettant fin à la contestation.


Demandeur(s) : Mme H... P...
Défendeur(s) : directeur général des finances publiques du Nord-Pas-de-Calais Picardie ; et autre


Sur le moyen unique :

Vu l’article 768 du code général des impôts et l’article 885 E du même code, alors applicable ;

Attendu, selon l’arrêt attaqué, que A... P... et Q... Y... étaient associés dans différentes sociétés et qu’un litige est survenu entre eux concernant la répartition de la quote-part des bénéfices sociaux pour les années 1988 à 1994 ; qu’une procédure judiciaire ayant été engagée, un arrêt du 15 septembre 2003 a fait droit, en leur principe, aux demandes formées par Q... Y... , le montant de la dette restant à être évalué par expertise ; que le pourvoi formé contre cet arrêt a été rejeté le 16 mai 2006 ; que A... P... a déclaré au titre de son patrimoine imposable à l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), pour les années 2007 à 2011, son estimation du montant de la dette pouvant être mise à sa charge ; qu’il est décédé en [...] et son épouse, Mme R... (Mme P... ) a poursuivi l’instance ; que par un jugement du 18 octobre 2012, un tribunal de grande instance a fixé le montant des sommes dues par Mme P... aux ayants droit de Q... Y... ; que, par deux réclamations contentieuses, Mme P... a demandé à l’administration fiscale la prise en compte de ces sommes au titre du patrimoine imposable à l’ISF pour les années 1989 à 2011 ; que l’administration fiscale a accepté cette demande pour les années 2007 à 2011 mais les a rejetées pour les années antérieures ; que Mme P... a assigné l’administration fiscale en contestation de ces décisions d’admission partielle ;

Attendu que pour rejeter la demande de Mme P... , l’arrêt constate que la dette invoquée par celle-ci n’a été arrêtée définitivement en son principe que le 16 mai 2006, date du rejet du pourvoi, et n’a été fixée en son montant par un tribunal que le 18 décembre (lire octobre) 2012 ; qu’il retient que le fait que ce tribunal ait évalué le montant de la dette à partir de l’année 1988 ne saurait pour autant rendre celle-ci certaine à compter de cette même année, son existence n’étant pas acquise, et que seul le rejet du pourvoi a permis de tenir la dette alléguée pour certaine, à compter de 2006 ;

Qu’en statuant ainsi, alors que, pour être déductible de l’assiette de l’ISF, une dette doit être certaine au jour du fait générateur de l’impôt, soit au 1er janvier de l’année d’imposition, et qu’une dette, incertaine du fait d’une contestation, est rétroactivement déductible pour le montant ultérieurement arrêté par la décision mettant fin à la contestation, la cour d’appel, qui a relevé que le principe de la dette due par le contribuable pour les années 1988 à 1994 était certain depuis le rejet du pourvoi en 2006, ce dont il résultait que cette dette était devenue certaine pour les années antérieures à cette décision, selon les montants fixés par le jugement du 18 octobre 2012, a violé les textes susvisés ;

PAR CES MOTIFS :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 15 décembre 2016, entre les parties, par la cour d’appel de Douai ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Douai, autrement composée ;


Président : Mme Mouillard
Rapporteur : M. Gauthier

Avocat général : M. Debacq
Avocat(s) :
SCP Célice, Soltner, Texidor et Périer - SCP Foussard et Froger