Arrêt n°557 du 26 juin 2019 (17-27.498) - Cour de cassation - Chambre commerciale, financière et économique
- ECLI:FR:CCASS:2019:CO00557

Entreprise en difficulté (loi du 26 juillet 2005)

Cassation

Sommaire :
Dès lors qu’aux termes de l’article L. 631-15, II, du code de commerce, le tribunal ne peut statuer sur l’ouverture de la liquidation du débiteur qu’après avoir entendu ou dûment appelé celui-ci à cette fin, la mention, dans un jugement prononçant le redressement judiciaire d’une société, du rappel de l’affaire à une audience ultérieure, pour qu’il soit statué conformément aux dispositions de l’article L. 631-15 du code de commerce sur la poursuite de la période d’observation, ne constitue pas une convocation régulière de la société débitrice.
Si, en application de l’article 562 du code de procédure civile, la dévolution s’opère pour le tout lorsque l’appel tend à l’annulation du jugement, il en va différemment lorsque le premier juge a statué en l’absence de convocation régulière du défendeur non comparant et que celui-ci n’a pas conclu à titre principal au fond en appel. En conséquence, lorsqu’une société débitrice conclut à titre principal à l’annulation du jugement de conversion faute pour elle d’avoir été régulièrement convoquée, la cour d’appel saisie ne peut statuer au fond et prononcer sa liquidation judiciaire.


Demandeur(s) : société Mantille, société civile immobilière
Défendeur(s) : Mme I...  N...


Sur le moyen unique, pris en ses deux premières branches :

Vu l’article L. 631-15, II, du code de commerce, ensemble l’article 562 du code de procédure civile ;

Attendu qu’aux termes du premier de ces textes, le tribunal ne peut statuer sur l’ouverture de la liquidation judiciaire d’un débiteur qu’après avoir entendu ou dûment appelé celui-ci à cette fin, et que si, aux termes du second, la dévolution s’opère pour le tout lorsque l’appel tend à l’annulation du jugement, il en va différemment lorsque le premier juge a statué en l’absence de convocation régulière du défendeur non comparant et que celui-ci n’a pas conclu à titre principal au fond en appel ;

Attendu, selon l’arrêt attaqué et les productions, que la société Mantille (la société) a été mise en redressement judiciaire par jugement du 2 juin 2016, l’affaire étant rappelée à une audience du 15 septembre 2016 "pour qu’il soit statué conformément aux dispositions de l’article L. 631-15 du code de commerce sur la poursuite de la période d’observation"  ; que, par requête du 13 septembre 2016, l’administrateur judiciaire a demandé la conversion du redressement judiciaire en liquidation judiciaire ; qu’à la suite de l’audience du 15 septembre 2016, le tribunal a procédé à cette conversion ;

Attendu que pour prononcer la liquidation judiciaire de la société, l’arrêt retient que la saisine du tribunal était régulière, la société ayant été convoquée à l’audience du 15 septembre 2016 par le renvoi opéré par le dispositif du jugement du 2 juin 2016 et informée de son objet par la mention de l’article L. 631-15 du code de commerce qui s’y trouvait, de sorte qu’en dépit de l’annulation du jugement faute d’avis du juge-commissaire, la cour d’appel doit statuer au fond ;

Qu’en statuant ainsi, alors que la mention, dans le jugement de renvoi du 2 juin 2016, du rappel de l’affaire à une audience ultérieure et l’indication, dans ce jugement, que le tribunal pourrait, au cours de cette nouvelle audience, statuer sur la conversion du redressement judiciaire en liquidation judiciaire ne constituaient pas une convocation régulière de la société débitrice, laquelle avait conclu, à titre principal, à l’annulation du jugement de conversion pour ce motif, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres griefs :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 12 septembre 2017, entre les parties, par la cour d’appel de Montpellier ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Nîmes ;


Président : Mme Mouillard
Rapporteur : Mme Brahic-Lambrey, conseiller référendaire

Avocat (s) : SCP Ortscheidt