Arrêt n° 90 du 16 janvier 2019 (17-16.334) - Cour de cassation - Chambre commerciale, financière et économique - ECLI:FR:CCASS:2019:CO00090

Entreprise en difficulté (loi du 26 juillet 2005)

Rejet

Sommaire :
Le dessaisissement ne concernant que l’administration et la disposition des biens du débiteur, ce dernier a qualité pour intenter seul une action en divorce ou y défendre, action attachée à sa personne, qui inclut la fixation de la prestation compensatoire mise à sa charge, sans préjudice de l’exercice par le liquidateur, qui entend rendre inopposable à la procédure collective l’abandon en pleine propriété d’un bien propre appartenant au débiteur décidé par le juge du divorce à titre de prestation compensatoire, d’une tierce opposition contre cette disposition du jugement de divorce.


Demandeur : M. Salvatore Z...
Défendeur (s) : Mme Samia X... ; et autres


Donne acte à M. Z... du désistement de son pourvoi, en ce qu’il est dirigé contre le procureur général près la cour d’appel de Metz ;

Sur le moyen unique :

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Metz, 10 janvier 2017) et les productions, que M. Y... , marié à Mme X... , a été mis en liquidation judiciaire par un jugement du 10 juillet 2009, M. Z... étant désigné liquidateur ; que le divorce des époux a été prononcé pour faute le 12 mai 2014, M. Y... étant condamné à verser une prestation compensatoire à son ex-épouse sous la forme de l’abandon en pleine propriété d’un bien immobilier lui appartenant en propre ; que le liquidateur a demandé au juge-commissaire l’autorisation de procéder à la vente sur adjudication de cet immeuble ; que Mme X... s’y est opposée ; que, par une ordonnance du 14 septembre 2015, le juge-commissaire a fait droit à la demande du liquidateur en retenant que, M. Y... étant dessaisi, le jugement de divorce était, dans ses aspects patrimoniaux, inopposable à la procédure collective, de sorte que l’immeuble pouvait être vendu au titre des opérations de liquidation judiciaire ;

Attendu que le liquidateur fait grief à l’arrêt d’infirmer cette ordonnance alors, selon le moyen, qu’ayant constaté que M. Y... , en liquidation judiciaire, était dessaisi de l’administration et de la disposition de ses biens quand a été rendu le jugement le condamnant à verser une prestation compensatoire à Mme X... sous forme d’un abandon en pleine propriété de l’immeuble litigieux lui appartenant en propre, la cour d’appel aurait dû juger que le transfert de propriété intervenu à ce titre était inopposable à M. Z... , ès qualités ; qu’en décidant le contraire, aux motifs inopérants que le transfert de propriété avait été enregistré au Livre foncier et que le liquidateur pouvait former tierce opposition au jugement de divorce, la cour d’appel a violé l’article L. 641-9, I, du code de commerce ;

Mais attendu que le dessaisissement ne concernant que l’administration et la disposition des biens du débiteur, ce dernier a qualité pour intenter seul une action en divorce ou y défendre, action attachée à sa personne, qui inclut la fixation de la prestation compensatoire mise à sa charge, sans préjudice de l’exercice par le liquidateur, qui entend rendre inopposable à la procédure collective l’abandon en pleine propriété d’un bien propre appartenant au débiteur décidé par le juge du divorce à titre de prestation compensatoire, d’une tierce opposition contre cette disposition du jugement de divorce ; que l’arrêt, qui statue en ce sens, n’encourt pas le grief du moyen ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;

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Président : Mme Mouillard
Rapporteur : Mme Brahic-Lambrey, conseiller référendaire
Avocat général : M. Le Mesle, premier avocat général
Avocats : SCP Boutet et Hourdeaux - SCP Matuchansky, Poupot et Valdelièvre