Arrêt n° 566 du 3 juin 2014 513-17.769) - Cour de cassation - Chambre commerciale, financière et économique - ECLI:FR:CCASS:2014:CO00566

Marque de fabrique

Cassation


Demandeur(s) : la société Cofra Holding AG, et autre

Défendeur(s) : la société Dolce & Gabbana


Attendu, selon l’arrêt attaqué, que la société de droit suisse Cofra Holding AG (la société Cofra) est titulaire de la marque internationale verbale “Rodeo” désignant la France, déposée le 6 octobre 1986 et enregistrée sous le numéro 507294 pour désigner des produits des classes 9, 25 et 28, notamment toutes sortes de vêtements et de la marque communautaire verbale “Rodeo”, déposée le 1er avril 1996 et enregistrée sous le numéro 000 10 6252 pour désigner des produits des classes 18, 25 et 28, notamment toutes sortes de vêtements ; que ces marques sont exploitées en France par la société C&A France (la société C&A) ; qu’ayant constaté, le 7 avril 2010, la mise en ligne sur des sites internet accessibles en France, par la société Dolce & Gabbana France (la société Dolce & Gabbana), de photographies et du film d’un défilé de mannequins portant des vêtements sur lesquels figurait le signe Rodeo, les sociétés Cofra et C&A l’ont fait assigner en contrefaçon par imitation des marques susvisées ; que la société Dolce & Gabbana a formé une demande reconventionnelle en déchéance des droits de la société Cofra sur les deux marques pour une partie des produits désignés à l’enregistrement ;

 

 Sur le moyen unique, pris en ses première et deuxième branches réunies, rédigées en termes similaires :

 

 Vu les articles 15 du règlement CE n° 207/2009 du 26 février 2009 et L. 714-5 du code de la propriété intellectuelle ;

 

 Attendu que la Cour de justice de l’Union européenne a dit pour droit (C-553/11, Rintisch, 25 octobre 2012) que l’article 10, paragraphe 2, sous a), de la directive 89/104/CEE du Conseil, du 21 décembre 1988, rapprochant les législations des Etats membres sur les marques, doit être interprété en ce sens qu’il ne s’oppose pas à ce que le titulaire d’une marque enregistrée puisse, aux fins d’établir l’usage de celle-ci au sens de cette disposition, se prévaloir de son utilisation dans une forme qui diffère de celle sous laquelle cette marque a été enregistrée sans que les différences entre ces deux formes altèrent le caractère distinctif de cette marque, et ce nonobstant le fait que cette forme différente est elle-même enregistrée en tant que marque ;

 

 Attendu que pour prononcer la déchéance de la partie française de la marque internationale “Rodeo” n° 507294 et de la marque communautaire “Rodeo” n° 000 10 6252, l’arrêt retient qu’en déposant plusieurs marques, la société Cofra a entendu les distinguer, de sorte qu’il lui incombe de justifier de l’usage sérieux qu’elle a fait de chacune d’elles et que la protection dont bénéficie sa marque semi-figurative ne peut s’étendre à ses deux marques verbales ;

 

 Attendu qu’en statuant ainsi alors que les textes susvisés exigent seulement que la marque exploitée ne diffère des marques enregistrées que par des éléments n’en altérant pas le caractère distinctif, peu important que la marque modifiée ait été elle-même enregistrée, la cour d’appel a violé les dispositions de ces textes ;

 

 Sur le moyen unique, pris en sa troisième branche :

 

 Vu les articles 15 du règlement CE n° 207/2009 du 26 février 2009 et L. 714-5 du code de la propriété intellectuelle ;

 

 Attendu que pour prononcer la déchéance de la partie française de la marque internationale “Rodeo” n° 507294 et de la marque communautaire “Rodeo” n° 000 10 6252, l’arrêt relève que les extraits du site internet www.C-et-A.fr, les photographies et les catalogues de présentation font apparaître que la marque exploitée correspond à la marque semi-figurative “Rodeo” présentant une calligraphie particulière, déposée le 3 avril 1998, elle-même présentée à l’intérieur d’un rectangle sur fond marron, le R étant mis en relief par la couleur orange, outre la calligraphie singulière de la dénomination qui est traversée à l’horizontale par un trait de couleur, et retient que cette exploitation correspond à une modification revendiquée par la société Cofra de retravailler tous les logos en vue de créer un concept visuel totalement nouveau en gardant un léger lien avec l’ancien logo ;

 

 Attendu qu’en se déterminant ainsi, au vu de la seule ornementation ajoutée à l’élément dénominatif afin de moderniser en les adaptant au goût de la clientèle les marques verbales premières, sans rechercher si cet usage sous une forme modifiée avait altéré le caractère distinctif de celles-ci, la cour d’appel a privé sa décision de base légale ;

 

 Et sur le moyen unique, pris en sa quatrième branche :

 

 Vu les articles 15 du règlement CE n° 207/2009 du 26 février 2009 et L. 714-5 du code de la propriété intellectuelle ;

 

 Attendu que pour prononcer la déchéance de la partie française de la marque internationale “Rodeo” n° 507294 et de la marque communautaire “Rodeo” n° 000 10 6252, l’arrêt relève que les ordres de commande, documents comptables, factures et attestations produites ne justifient pas d’une exploitation auprès de la clientèle des deux marques en litige telles que déposées et ne précisent pas la forme d’apposition de la marque “Rodeo” figurant sur les articles vendus sous cette marque ;

 

 Attendu qu’en se déterminant ainsi, sans rechercher si, quelle que soit la forme, initiale ou modifiée, sous laquelle la marque était apposée, ces documents n’établissaient pas qu’à la condition que leur caractère distinctif n’en fût pas altéré, il était fait un usage sérieux des marques litigieuses, la cour d’appel a privé sa décision de base légale ;

 

 PAR CES MOTIFS et sans qu’il y ait lieu de statuer sur le dernier grief :

 

 CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 1er mars 2013, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris, autrement composée ;

 


 Président : M. Espel

Rapporteur : Mme Darbois, conseiller

Avocat général : M. Debacq

Avocat(s) : SCP Piwnica et Molinié ; SCP Hémery et Thomas-Raquin