Guillaume Budé, juriste et humaniste

À l’occasion du 550e anniversaire de la naissance de Guillaume Budé, la Cour de cassation accueille une journée du colloque "Les noces de Philologie et de Guillaume Budé - Humanisme juridique, humanisme politique" et présente pour l’occasion, une exposition dédiée au grand humaniste français.

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Guillaume Budé

1468-1540

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Portrait de Guillaume Budé par Jean Clouet (1536)

Metropolitan Museum of Art, New York

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Guillaume Budé est né à Paris en 1468. Il étudie le droit à Orléans. Il apprend seul, ou pratiquement seul, le grec grâce aux livres prêtés par son ami Jean Lascaris.

A la fin du règne de Charles VIII, il paraît à la cour et reçoit le titre de secrétaire du roi. Mais il se retire à l’avènement de Louis XII, se consacrant à la traduction d’un traité de Plutarque, le De placitis philosophorum. En 1508, il écrit les Annotations aux Pandectes. Loin d’être une œuvre de jeunesse, l’ouvrage est le fruit d’une longue réflexion sur le Corpus Juris Civilis. En 1515, il écrit son second ouvrage, celui pour lequel il est le plus connu, le De asse. Il en donne un court résumé en français, le mettant ainsi à la portée d’un plus vaste public.

En 1516, il encourage le projet de création d’un Collège royal qui serait dédié à l’enseignement des belles lettres. Il tente alors, mais en vain, de persuader Érasme de venir en France. En 1522, il est nommé maître de la librairie du roi et est chargé d’organiser la bibliothèque de Fontainebleau (ancêtres de la Bibliothèque nationale de France). La même année, il est choisi comme maître des requêtes. L’autorité de cette charge lui en amène une autre, il devient prévôt des marchands de Paris.

En 1526, il publie une nouvelle série d’annotations aux Pandectes, puis, en 1529, l’énorme volume de ses Commentaires sur la langue grecque. Enfin en 1535, il écrit sa dernière œuvre le De transitu hellenismi ad Christianismum (Du passage de l’hellénisme au christianisme).

Il tombe malade en 1540, en accompagnant le roi en Normandie. Il a alors 72 ans. Il meurt et est enterré de nuit, selon sa volonté.

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Statue de Guillaume Budé au Collège de France

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L’humanisme juridique

Ce mouvement cherche à retrouver les connaissances de l’Antiquité alors placées au centre de tous les savoirs. Si l’humanisme touche d’abord les lettres, les érudits italiens, tels que Laurent Valla (1406-1457), l’appliquent rapidement au droit.

 

Cette branche de l’humanisme s’épanouit particulièrement en France où elle est introduite par le Milanais André Alciat (1492-1550). Guillaume Budé joue un rôle central dans son développement.

 

La nouvelle méthode, dite humaniste, se distingue clairement des glossateurs et commentateurs médiévaux, par la place accordée aux lois romaines. Elles doivent être replacées dans leur temps et ne sont plus considérées comme applicables à toute époque et à toute société.

 

La première conséquence est le retour à l’étude des auteurs antiques et le recours systématique aux sources non juridiques pour les comprendre. La maîtrise de la langue, et en particulier du latin, est donc essentielle, mais il ne s’agit plus de la langue abâtardie des docteurs médiévaux mais de celle des auteurs antiques. La découverte de nouvelles sources est le fondement de la démarche humaniste : les juristes dépouillent les fonds des bibliothèques à la recherche de textes inconnus. En effet, si les compilations de Justinien restent la source principale de l’enseignement du droit, leur compréhension nécessite une multitude de textes extérieurs.

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Les annotationes Pandectae (1508)

La glose est une application aux lois romaines de la méthode scolastique. Les glossateurs mettent en œuvre tous les instruments de la grammaire et de la dialectique, à savoir : la recherche des parallèles juridiques ou des passages contradictoires pour les faire concorder, et surtout la formulation de questiones (questions, problèmes de droit). La glose d’Accurse, ou glose ordinaire, réunit les gloses les plus importantes et devient l’outil de base de l’enseignement du droit civil à l’université.

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La méthode des Annotationes de Guillaume Budé est très différente de celle des glossateurs, il ne s’agit plus de commenter le texte mot par mot, ni même d’alléguer d’autres fragments du Corpus. Elle est une critique philologique et historique du Digeste. Parues en 1508, les annotations aux Pandectes répondent à l’appel de Valla et Politien alors désireux de « nettoyer » le texte du Corpus Juris Civilis. Le but est d’expliquer les passages difficiles et de corriger les corruptions du texte grâce au croisement des sources antiques. La langue juridique grecque y déjà est très présente. Ces annotations sont l’occasion de faire des parallèles entre les termes romains et le vocabulaire grec.

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Au-delà des mots, Guillaume Budé cherche dans ses notes à atteindre les réalités de la vie antique. Il semble préférer, au sein des Pandectes, les textes qui font pénétrer dans le quotidien des Romains ou connaître leurs institutions. Expliquer le sens ne suffit pas, il faut pouvoir se représenter exactement ce dont on parle.

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Un commentaire humaniste du Digeste : les annotations aux Pandectes.


Guilielmus Budaeus, Annotationes Guilielmi Budaei, … in quatuor et viginti Pandectarum libros ad Johannem de Ganaium Cancellarum Franciae, Parisiis, ex off. Rob. Stephani, 1535

Reliure parchemin. Cachet de la bibliothèque des Carmes déchaux.

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Les annotations aux Pandectes.


Guilielmus Budaeus, Annotationes in quatuor et viginti Pandectarum libros ad Johannem De Ganaium Cancellarium Franciae, Parisiis, [1a pars] apud J. Parvum, [2a pars], apud Cl. Chevallon, 1535-1536,

Reliure parchemin. Ex libris manuscrit P. Sauvage, avocat. Ex libris gravé bibliothèque des avocats au Parlement.

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Les annotations aux Pandectes.


Guilielmus Budaeus, Annotationes priores et posteriores... in Pandectas, Lutetiae, M. Vascovani, 1556

Reliure basane estampée à chaud, contemporaine de l’édition.

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Les annotations aux Pandectes.


Guilielmus Budaeus, Annotationes priores in Pandectas ejusdem in easdem annotationes posteriores sive reliquae, Lugduni, apud S. Gryphium, 1551

Reliure parchemin, dos basane.

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Dans un premier temps, les imprimeurs, faute de caractères adaptés, laissent des espaces blancs pour écrire les mots grecs à la main. Le typographe Peter Schoeffer est le premier à imprimer quelques phrases en grec dans son édition du De officiis de Ciceron (Mayence, 1466). C’est avec le célèbre Alde Manuce que se développe véritablement la typographie grecque. Ce dernier charge Francesco Griffo de graver un caractère cursif doté d’esprits et d’accents inspiré des manuscrits byzantins.

En France, l’invention des Grecs du Roi modifie considérablement l’édition des textes anciens. Ces caractères sont gravés sous la direction de Robert Estienne et sont dessinés par le fameux calligraphe crétois Ange Vergèce, « écrivain en lettres grecques pour le Roi ». L’artiste chargé de la gravure est Claude Garamond qui achève d’abord le gros romain (1543), puis le cicero (1546) et enfin le gros parangon. Une des particularités de ces lettres est l’introduction des accents et des esprits à l’aide de lettres crénées. La virtuosité de Garamond est manifeste dans les ligatures et le traitement des abréviations. Leur qualité est telle que ces caractères grecs s’imposent dans la typographie européenne.

Gardien des matrices des Grecs du Roi, Robert Estienne en emporte un jeu complet à Genève.

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Les annotations aux Pandectes.


Guilielmus Budaeus, Annotationes in quatuor et viginti Pandectarum libros ad Johannem De Ganaium Cancellarium Franciae, Parisiis, impr. M. Vascosanus : R. Stephano : J. Roigni, 1542

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Reliure veau estampée à chaud, contemporaine de l’édition. Ex libris Martin Langlois, prévôt des marchands de Paris (1594-1598).

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Michel DE VASCOSAN

ca. 1500-1577

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Gendre du célèbre imprimeur parisien Josse Bade, il commence sa carrière en publiant un ouvrage entièrement en grec. Sa science n’égale pas celle de Robert Estienne, mais ses éditions sont célèbres pour leur beauté et la qualité des papiers qu’il emploie. Il fait une place raisonnable aux auteurs chrétiens et donne un grand nombre d’éditions savantes.

 

Remarquable maquettiste, il emploie des colonnades et en 1545, il encadre et blasonne la page de titre du Catalogue des tres illustres ducz et connestables de France. Son premier souci est l’équilibre et la typographie.

Dans un premier temps, il joue du romain et du gothique et, à la fin des années 1550, il oppose le caractère de civilité (inspiré par l’écriture manuscrite) et le romain.

 

L’une de ses particularités est l’absence de marque typographique. Deux textes séparés par un blanc composent la page de titre : l’auteur et l’œuvre d’une part, l’adresse et le nom de l’éditeur d’autre part.

Le 2 mars 1561, il obtient un privilège général d’imprimeur du roi.

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Le De Asse (1515)

Paru en 1515, le De asse occupe une place particulière dans la production de Guillaume Budé. Il s’agit d’une monographie abordant l’histoire antique sous un angle unique : l’as, c’est-à-dire la monnaie et ses subdivisions. Dans les cinq livres, l’humaniste met son savoir au service de l’étude des faits économiques de l’Antiquité gréco-romaine et, pour une petite partie, orientale. L’ouvrage témoigne d’une profonde insatisfaction de l’auteur à l’égard des milieux culturels proches de la cour.


Pour mener à bien son entreprise, Guillaume Budé, en véritable humaniste, s’attelle d’abord au dépouillement systématique des sources disponibles à Paris, puis à une lecture critique des manuscrits, notamment de Pline.


Toutefois, le De asse est bien plus qu’un simple traité de numismatique. Il se clôt sur un dialogue philosophique entre l’auteur et son meilleur ami. L’évaluation des richesses des anciens l’amène à méditer sur les vraies et fausses richesses. Il faut naturellement accorder plus de prix à l’esprit qu’aux métaux et pierres précieuses. Mais l’humaniste crée une hiérarchie au sein de l’esprit ; la culture profane doit s’incliner devant la culture chrétienne.

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Le De asse et partibus ejus libri quinque ou Les cinq livres de l’as et ses fractions


Guilielmus Budaeus, De asse et partibus ejus libri V, ab ipso authore novissime et recogniti et locupletati, Parisiis, impr. Vascosanus : R. Stephano ac Jo. Roigny, 1541

Reliure basane du XVIIIe siècle. Ex libris manuscrit. Bibl. Coelestinorum Parisiensium

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Le De asse


Guilielmus Budaeus, De asse et partibus ejus libri V, accessit Vocum atque locutionum quarumdam subobscuram explanatio per Jod. Badium Ascensium, Lugduni, apud S. Gryphium, 1551

Reliure basane. Ex libris gravé bibliothèque des avocats au Parlement.

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Sébastien Gryphe

ca. 1492-1556

Représentant le plus illustre d’une famille féconde en imprimeurs, il apprend le métier d’abord en Allemagne, puis à Venise. Ce n’est qu’aux alentours de 1523 qu’il arrive à Lyon, attiré par les membres de la Grande Compagnie des Libraires. Il débute comme simple maître chez le libraire Aymon de la Porte.


Son mariage lui permet d’élargir ses relations professionnelles. Il s’établit à son compte à l’enseigne de l’Écu du Griffon, rue Thomassin. Sa renommée grandit et en 1536, il s’associe avec le marchand-libraire Hugues de la Porte, le fils aîné d’Aymon, ce qui lui permet de fonder l’atelier du Griffon. Sa marque de fabrique arbore cet animal mythique rappelant son patronyme. Il se spécialise alors dans l’impression de classiques romains et grecs traduits en latin. Il publie également les grands humanistes de son temps, comme Didier Érasme ou Guillaume Budé.

 

Dès 1539, il abandonne définitivement les caractères gothiques au profit des caractères romains, caractéristiques de l’édition humaniste. Les italiques sont plutôt utilisés pour les auteurs antiques, dans les ouvrages de petit format qu’il introduit en France.

 Son chef d’œuvre typographique est une Bible latine, in-folio, publiée en 1550. Au cours de sa carrière, il aurait publié environ 1375 ouvrages.

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Un épitomé du De asse


Franciscus Hotmanus, De re numeraria populi romani liber, [Genevae], apud Guillielmum Leimarium, 1585.

[Suivi de :] Guilielmus Budaeus, Breviarium de asse  ; [Guilielmus Philandrus Castilionensis] Epitome de ponderibus et mensuris Romanorum, [s.l.], [s.n], [s.d.].

Reliure en parchemin. Ex libris Briconnet.

Cette édition unique de la dissertation de François Hotman sur les monnaies romaines est un texte très rare mais peu original, qui reprend, en partie, le travail de Guillaume Budé dans le De asse.

François Hotman (1524-1590) est un juriste humaniste, connu pour son ralliement à la Réforme protestante. Il publie son premier ouvrage le De gradibus cognationis et affinitatis libri duo (1547). Il enseigne d’abord à Strasbourg. Il passe son doctorat à Bâle en 1558 où il rédigee son Commentaire des Institutes de Justinien en 1560.

Enseignant à Valence, il rédige l’Antitribonien ou Discours sur l’étude des lois, qui se présente comme un traité de réformation juridique, très hostile au droit romain, ou du moins aux déformations qu’il a subies, ainsi qu’aux justices d’Église. Il y appelle à la rédaction d’un code unique pour la France.

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Claude Bouteroue, Recherches curieuses des monnoyes de France depuis le commencement de la monarchie, Paris, Sebastien Cramoisy et Sebastien Marbre-Cramoisy, 1666, 398 p.

Reliure veau.

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Un recueil d’oeuvres de Guillaume Budé avec un index


Guilielmus BUDAEUS, Annotationes Guilielmi Budaei, … in quatuor et viginti Pandectarum libros ad J. Degenaium Cancellarium Franciae, Parisiis, imp. M. Vascosano, R. Stephano, J. Roigni, 1543
Id., Forensium verborum et loquendi generum... Gallicus forensium verborum index : cui exadverso respondet latina ex G. Budaei Forensibus collecta interpretatio , Lutetiae, R. Stephano, 1545,
Id., Forensia, Lutetiae, R. Stephano : C. Baidus, 1548

Reliure à ais de bois couverte de parchemin. Restes de fermoirs. Cachet du séminaire des missions étrangères. Ex libris manuscrit Migneron.

Dans ce volume sont réunis les principaux ouvrages juridiques de l’humaniste parisien. Juriste de formation, Guillaume Budé manifeste une attention particulière à la langue du droit. Il s’intéresse autant à la lexicologie qu’à l’histoire des institutions de l’Antiquité.

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Les Forensia (1544)

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Les Forensia sont une œuvre posthume de Guillaume Budé, reconstituée par l’imprimeur Robert Estienne à partir de notes manuscrites. Publiées en 1544, elles offrent à ceux qui plaident un recueil de termes de procédure en réaction au mauvais latin pratiqué dans les tribunaux.

L’humaniste mène ici une véritable étude philologique. Toutefois, l’intérêt pratique du recueil n’est pas évident car il nécessite une grande connaissance du droit romain et de la législation française. Il est probable que l’auteur cherche moins à assainir la pratique judiciaire qu’à saisir des faits de langage.

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Les Forensia de Guillaume Budé avec un index


Guilielmus Budaeus, Forensium verborum et loquendi generum... Gallicus forensium verborum index , Lutetiae, ex off. R. Stephani, 1545

Id., Forensia, Lutetiae, excud. R. Stephano : Conr. Badius, 1548

Les deux index sont séparés par le Forensia de 1548. Reliure en veau. Ex-libris gravé aux armes de Jules de Rohan archevêque de Reims.

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Les Forensia.


Guilielmus Budaeus, Forensia, Lutetiae, excud. R. Stephano : C. Badius, 1548

Reliure parchemin. Cachet de la bibliothèque de la Sorbonne. Page de titre découpée en bas.

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Robert Estienne

1503-1559

C’est le plus célèbre des imprimeurs parisiens.

Il fait graver par Garamond un matériel nouveau accompagné de nombreux signes diacritiques. Il dénonce les insuffisances du dictionnaire de Calepin et s’engage avec quelques collaborateurs dans la compilation d’un Thesaurus linguae latinae (1536), dont il tire ensuite un Dictionarium latinorum gallicum (1538). En outre, il tente de fournir les bases au renouvellement de la pensée religieuse en compulsant de nouveaux manuscrits. En 1526, il donne une édition in-folio de la Vulgate, revue et accompagnée d’une série d’indices et de tables. Ces publications provoquent la fureur des docteurs de l’université de Paris. Protégé par François Ier, il devient en 1539 imprimeur du roi pour le latin et l’hébreu et, en 1544, pour le grec. Avec le début de la Contre-Réforme, Robert Estienne prend la décision de quitter la France pour s’installer à Genève.

La marque de cet imprimeur est un olivier, dont plusieurs branches sont détachées, avec ces mots : Noli altum sapere, auxquels s’ajoutent parfois les mots sed time. Il s’agit d’une citation de l’Épître aux Romains (11.20) : « Ne t’élève point par orgueil, mais crains ». Les ouvrages qu’il a publiés comme imprimeur du roi pour la langue grecque sont marqués d’une lance autour de laquelle sont entrelacés un serpent et une branche d’olivier. On lit au bas ce vers d’Homère : Bασιλεῖ τἀγαθῷ ϰρατερῷ ταἰχμητῇ, « Au bon roi, et au vaillant soldat. »

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Les Forensia


Guilelmus Budaeus, Forensium verborum et loquendi generum... Gallicus forensium verborum index : cui ex adverso respondet latina ex Guilielmi Budaei Forensibus collecta interpretatio, Lutetiae, ex off. R. Stephani, 1545

Reliure demi peau, estampée à chaud. Marque de l’abbaye de Saint-Victor. Ex libris manuscrit Dubouchet, 1646.

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Deux exemplaires des Forensia


Guilielmus Budaeus, Forensia … quibus et vulgares et vere latinae jurisconsultorum loquendi formulae traduntur, Basilae, apud Episcopium juniorem, 1557.

Reliure en basane avec fers dorés. Reliure en veau. Note manuscrite sur le colophon.

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