04-86.432
Arrêt n° 3100 du 24 mai 2005
Cour de cassation - Chambre criminelle

Chambre de l’instruction

Cassation



Demandeur(s) à la cassation : Camille X...


Statuant sur le pourvoi formé par :

- X... Camille, partie civile,

contre l’arrêt de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes, en date du 14 octobre 2004, qui, dans l’information suivie, sur sa plainte, contre Jean-Claude Y... du chef de faux en écriture publique ou authentique par personne dépositaire de l’autorité publique, a confirmé l’ordonnance de non-lieu rendue par le juge d’instruction ;

Vu le mémoire produit ;
Vu l’article 575, alinéa 2, 6°, du Code de procédure pénale ;

Sur le premier moyen de cassation, pris de la violation des articles préliminaire, 32, 575, alinéa 2, 3° et 6°, 591, 592 et 593 du Code de procédure pénale, 6.1 de la Convention européenne des droits de l’homme, défaut de motifs, violation des droits de la défense, manque de base légale ;

"en ce que l’arrêt attaqué qui a confirmé l’ordonnance de non-lieu rendue le 1er août 2003, sur la plainte avec constitution de partie civile de Camille X..., mentionne que la chambre de l’instruction était composée de M. Bartholin, président titulaire et de deux conseillers ;

"alors que, selon l’article 6.1 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue par un tribunal indépendant et impartial ; qu’il en résulte, selon l’article préliminaire du Code de procédure pénale, que la procédure pénale doit garantir la séparation des autorités chargées de l’action publique et les autorités de jugement, que M. Bartholin ayant participé aux poursuites en qualité de substitut général à l’audience de la chambre d’accusation du 15 février 1996 qui a statué sur la recevabilité de la plainte avec constitution de partie civile de Camille X..., la chambre de l’instruction était irrégulièrement composée en étant présidée par ce même magistrat siégeant aux audiences des 30 septembre et 14 octobre 2004 consacrées à l’appel interjeté contre l’ordonnance de clôture" ;

Vu l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme ;

Attendu que, selon ce texte, toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue par un tribunal indépendant et impartial ; qu’il en résulte que ne peut participer au jugement d’une affaire un magistrat qui en a connu en qualité de représentant du ministère public ;

Attendu qu’il résulte de l’arrêt attaqué et des pièces de la procédure que M. Bartholin, substitut du procureur général près la cour d’appel de Rennes, qui représentait le ministère public à l’audience au cours de laquelle il avait été statué sur l’appel, relevé par le procureur de la République, de l’ordonnance du juge d’instruction ayant admis la recevabilité de la plainte avec constitution de partie civile de Camille X..., a ensuite été nommé président de la chambre de l’instruction et a statué en cette qualité sur l’appel, par la partie civile, de la décision de non-lieu rendue dans l’information suivie sur cette plainte ;

Mais attendu qu’en cet état, la chambre de l’instruction a méconnu le principe ci-dessus rappelé ;

D’où il suit que la cassation est encourue ;

Par ces motifs, et sans qu’il y ait lieu d’examiner le second moyen proposé,

CASSE et ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt susvisé de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes, en date du 14 octobre 2004, et pour qu’il soit à nouveau jugé, conformément à la loi,

RENVOIE la cause et les parties devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Angers, à ce désignée par délibération spéciale prise en chambre du conseil ;


Président : M. Cotte 
Rapporteur : M. Beyer, conseiller
Avocat général : M. Chemithe
Avocat(s) : la SCP Choucroy-Gadiou-Chevallier