Cette galerie a été réalisée d’après les plans de Duc. Ses boiseries s’inspirent du style en vogue au 17ème siècle. Des lambris de boiserie entourent de grands cadres dans lesquels sont placés des portraits sur châssis.
On peut donc y voir du côté des portes, trois tableaux dus à Georges Cain (1856-1919) :
On peut y voir, du côté des fenêtres, trois portraits dus à René Gilbert (1854-1914) commandés en 1892 en même temps que ceux de Cain, mais qui ne furent mis en place qu’en 1898 :
La Chambre du Conseil de la première Chambre civile est intéressante dans la mesure où elle reproduit sous forme de fresques murales dans le genre des "très riches heures du Duc de Berry" un certain nombre des anciens parlements du royaume de France. La plus grande des peintures qui couvre la totalité d’un des petits cotés de la pièce, représente l’île de la Cité au 15ème siècle, on peut y voir les bâtiments et les jardins du roi qui se trouvaient en lieu et place de l’actuelle Cour de cassation ainsi que les fameux ponts de Paris couverts d’habitations.
Les autres peintures, aux dimensions plus restreintes, représentent les parlements de certaines provinces dont certains sont aujourd’hui le siège de Cours d’appel et donc toujours utilisés pour y rendre la justice, comme Rouen, Rennes ou Poitiers.
Duc s’était penché avant sa mort sur la décoration de la chambre du conseil. Prenant la succession de Duc, Ernest-Georges Coquart (1831-1902) allait remanier les dispositions prévues. L’exécution des tables de la loi et des deux portes à double vantail porteront encore un peu la marque de l’œuvre de Duc mais des aquarelles de 1882 donnent une bonne idée des premiers projets. On y trouve une vague esquisse des sujets des toiles décoratives qui seront la pièce maîtresse de la réalisation. Albert Girard (1839-1920), peintre paysagiste, fut désigné en 1884 pour leur réalisation. Quatre panneaux furent proposés en 1885, six l’année suivante, mais les peintures ne furent finalement terminées qu’en avril 1890, et Girard rencontra les plus grandes difficultés pour leur mise en place qui se fera finalement en juin 1890.
L’exécution de la cheminée connaîtra une histoire également mouvementée, d’innombrables projets furent esquissés, où variaient le nombre des colonnes, avec la pendule entourée de figures symboliques. Le buste de Thémis qui orne le trumeau fut commandé à Ernest Guilbert (né en 1848), élève de Chapu, auteur de nombreux bustes de personnalités. Le bronze signé porte la date 1893.
Les peintures des lambris et les dorures ont été reprises vers 1970. Les bibliothèques en acajou mises en place en 1894 ont été remplacées en 1998 par des meubles exécutés dans le ton des lambris gris et or de la salle. Les lustres sont modernes.

Dans les plans de Lenormand, en 1860 cette salle était prévue pour s’élever sur trois niveaux. Elle englobait donc le volume de l’actuelle Deuxième chambre civile. On a conservé le plan de ce projet ainsi qu’un calque de la voûte qui se terminait, comme la salle, en cul-de-four du côté du prétoire. Duc proposa, dans son projet de 1864, de ramener la hauteur à deux étages car "cette grande salle couverte d’une voûte et d’une excessive hauteur présentait plutôt l’aspect d’une galerie que celui d’un tribunal". Les volumes nus existaient déjà en 1870. L’incendie de 1871 obligea à reprendre le gros-oeuvre de la façade Harlay.
Duc travailla à un nouveau plan de la salle qui fut ramenée à ses dimensions actuelles, 23 m sur 13 m et 9 m 50 de hauteur. Il travailla également au décor des murs, prévoyant un fond de prétoire très proche de ceux de la chambre criminelle ou de celle des requêtes, avec un lambris de chêne, rythmé de pilastres, directement inspiré de la Renaissance, avec des faces latérales dont les sièges étaient intégrés au lambris comme les stalles d’une église. Un autre projet pour les murs latéraux introduisait une exubérance moins stricte des pilastres, avec des rinceaux et des figures humaines proches du 17ème siècle. La porte des magistrats, surmontée d’un fronton classique, y recevait des figures allégoriques assises proches de celles que l’on rencontre dans le vestibule du public. La mort de l’architecte, le 22 janvier 1879, interrompit la réalisation de ses projets.
Ernest-Georges Coquart, parallèlement à ses travaux d’achèvement de la chambre du conseil, mènera à bien l’essentiel des travaux de la Grande-chambre bien qu’il ait fallu le révoquer pour sa lenteur à les achever le 30 novembre 1890’. Paul Blondel (1847-1897), élève de Daumet, connu comme architecte du Louvre et des Tuileries, assura l’achèvement des travaux dans les parties basses, avec le mobilier et l’ameublement. L’inauguration date du 6 avril 1892. Victor Laloux (1850-1937), à partir de 1894, assurera la mise en place des peintures (sauf la "Glorification de la loi" présente avant l’inauguration). Grand prix de Rome en 1878, Laloux est connu comme architecte de la gare d’Orsay (1898-1900). Il exerça ses fonctions à la Cour jusqu’à la fin de 1911.

Le plafond attire le regard dès l’entrée par ses lourds bandeaux de stuc doré, richement retravaillés, comme on peut en trouver dans le plafond de la salle du Sénat du palais des Doges à Venise, et dans certaines chapelles de l’église San Giovanni e Paolo de la même ville. A partir d’un schéma simple, un rectangle prolongé par deux ovales, "l’architecte a su développer de grandes formes d’un mouvement si varié et si puissant tout à la fois". Les quatre pendentifs étaient destinés à recevoir des lustres que la Cour aurait jugés superflus.
Le programme de peintures décoratives a été considérablement modifié au fil des vingt années de sa réalisation. La "Glorification de la loi", commandée à Paul Baudry (1828-1886), qui travailla aussi pour le foyer de l’opéra, est sans conteste l’œuvre majeure. Le tableau, qui mesure 4,80 m sur 3,60 m, fut exposé au salon de 1881 où il obtint la médaille d’honneur. Il fut installé en 1888. La grande figure assise sur le piédestal à l’ombre des plis flottants de l’étendard national, représente la Loi. Au-dessus d’elle, deux figures allégoriques brandissent les attributs de la justice, main de justice, balance et glaive. A gauche du socle, l’Autorité s’appuie sur la hampe du drapeau, tandis que la jurisprudence lève un regard soumis vers la Loi qui lui intime une directive. Sur la droite, un magistrat en grand costume exprime le respect de la Cour en retirant sa toque. A ses pieds règnent la Paix et la Concorde.
Élie Delaunay (1828-1891), devait réaliser les deux toiles ovales et les quatre sujets d’angle. Des esquisses des deux toiles ovales sont mises en place en 1890. Les quatre médaillons d’angle devaient représenter des génies soutenant des banderoles. Une nouvelle fois la mort vient interrompre l’œuvre de l’artiste. Seule la Justice poursuivant le crime peut se réclamer en partie de la manière de Delaunay. La signature résume d’ailleurs la situation : "Élie Delaunay inv., Jules Lefèbvre pinxit, 1897". C’est effectivement Jules Lefèbvre (1836-1911) qui fut chargé de continuer l’œuvre interrompue. Avec une main moins heureuse, il brosse un Vérité assez fade (Est-ce la raison qui l’a fait éloigner du prétoire au-dessus duquel elle devait primitivement prendre place ?). Elle est signée et datée 1897 comme les quatre médaillons d’angle qui représentent Charlemagne, Napoléon, Saint-Louis, Justinien.
Le mur situé au-dessus de l’estrade présente un cadre très surchargé qui était destiné à recevoir le Christ de Jean-Jacques Henner (1829-1905). L’effet de ces drapeaux sortant de part et d’autre est assez malheureux, mais l’arrangement des égides et faisceaux, rappelé à droite et à gauche du panneau central du plafond, souligne avec force les éléments d’une immense couronne de chêne qui font valoir les méplats des boucliers. Le tout demeure très lourd. Des enfants voltigent sans grâce autour des tables de la loi qui portent les emblèmes de la justice, du droit et de l’équité. L’ensemble rompt avec ce souci des proportions si sensible dans la conception générale. Des feuillages peints sur toile sont accompagnés d’un semis d’initiales "CC" entrelacées et des hachures d’or viennent en rehausser l’éclat. On retrouve sur les autres panneaux de la salle cette décoration qui a été exécutée par F. Biny.
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Le Christ enlevé en 1904, a été remplacé par une tapisserie de basse lisse (laine et soie) de la manufacture des Gobelins exécutée entre 1824 et 1826 sur un carton de Georges Rouget (1784-1869). Cette tapisserie intitulée "La France", fait partie d’une série de neuf tentures commandée pour la salle du trône des Tuileries mais qui ne fut jamais mise en place et se trouve aujourd’hui dispersée.
Coquart imagina de placer au-dessus de la porte d’entrée des magistrats une horloge dont le mouvement est dû à Paul Garnier. Les figures du jour et de la nuit sont de Léon Cugnot. (Jouvenet se demande si la plantureuse personne qui tourne le dos à la Cour trouve l’audience trop longue et signale qu’à l’inauguration, on fit des réflexions plus gaillardes... qu’il se refuse à rapporter). L’ensemble est un peu lourd et mal venu dans une salle d’audience, mais réussit à établir l’équilibre des éléments de cette paroi.
La paroi donnant sur le vestibule du public avait fait difficulté. Coquart l’aurait volontiers supprimée pour disposer d’un volume plus vaste. La Cour et l’administration en avaient maintenu le principe en acceptant le percement de deux portes supplémentaires, de part et d’autre de la porte principale prévue par Duc. Le mobilier qui n’avait pu être réalisé par Coquart avant son éviction, fut réalisé par Blondel qui confia à Hamel l’exécution des parties sculptées des bureaux des magistrats.
Le vaste parquet présente, sur un fond de chêne, des motifs en bois d’amarante encadrés de filets en citronnier.
Ce vestibule avait été construit du temps de Duc, comme l’atteste une photographie de 1880. Il communiquait avec la salle d’audience en cours de réalisation par une seule porte centrale. Au fronton, deux figures de pierre dues à François Jouffroy (1806-1882), qui avait travaillé à la façade du palais sur la rue Harlay. L’une tient les tables de la loi, l’autre une main de justice. Le fronton porte la signature Jouffroy. Elles entourent un buste en bronze de Justinien par Chapu. Les vantaux de la porte sont ornés de médaillons représentant un Hercule barbu, symbole de la force et une femme portant un diadème peut-être symbole de la justice. Au-dessus de la porte donnant, en face, sur la galerie Harlay une tête de méduse est due aussi à Chapu. C’est Coquart qui fit percer deux portes supplémentaires pour faire mieux communiquer, aux jours solennels, la salle d’audience et le vestibule.
Des portraits de premiers présidents ornent les murs de ce vestibule :
Au-dessus les deux meubles semainiers placés de part et d’autre de la porte ouvrant sur le vestibule de HARLAY, ayant fait partie du mobilier de garde-robe de Napoléon III